28.08.2009
Détention de drogue et course aux chiffres : le syndrome Beigbeder.
Le bruit médiatique fait autour de la sortie du dernier livre de l’inénarrable Frédéric Beigbeder,"Un roman français" aura au moins eu le mérite de nous apprendre une chose importante concernant les conséquences judiciaires de l’activité de la police en matière de course aux interpellations en matière de simple détention ou d’usage de stupéfiants.
Je ne vais pas parler du motif de son livre ; sa garde à vue pour usage de cocaïne sur le capot d’une Bentley…(Frédéric Beigbeder garde la classe en toute occasion), ni sur le fait qu’un acte de délinquance soit présenté comme un fait d’arme, à la condition unique d’être connu, riche, soit disant beau mec et surtout de pouvoir s’appuyer sur un réseau de journalistes contents au passage de se moquer de la police et de la justice à faible risque autour d’une coupe de champagne forcément millésimée.
Non. L’information se trouve dans une interview du Procureur de la République de Paris, Monsieur Jean-Claude Marin, sur Europe 1. Pas celle où il démontre que la paranoïa de l’écrivain est injustifiée à son encontre.
Non plus.
L’information se sont les conséquences judiciaires que risquent les mis en cause dans une simple affaire de détention et/ou d’usage de stupéfiants en France, motif d’interpellation qui est celui privilégié pour justifier de l’activité des forces de l'ordre dans ce domaine.
Je le cite :
« "Monsieur Beigbeder, comme tous les autres, a fait l'objet d'un classement sans suite avec injonction thérapeutique, parce qu'il est d'abord un malade de la drogue". »
Au moins c’est dit. La plus grande partie de l’activité de sécurité publique en matière de drogue n’a donc aucune incidence de poursuites pénales. La machine ne tourne t’elle pas un peu à vide, au-delà de la présentation statistique officielle qui est toujours mise en avant ?
Le principe des procédures de stupéfiants à la va vite, avec une mise à disposition en quelques lignes suivie d’une courte audition forcément bâclée, uniquement pour fabriquer du chiffre et dynamiser le taux d’affaires élucidées ne sert à rien en terme de lutte contre le trafic de drogue. Je me demande d'ailleurs si une perquisition chez l'écrivain, si l'information relayée par Libération après son interpellation et la possession de deux sachets de cocaïne est vrai, n'aurait pas été utile...Je n'ai rien lu à ce sujet...;-)
Une affaire de stupéfiants, fût elle de simple détention, qui n’est pas suivie d’une procédure complète, avec perquisition et audition sérieuses, n’est qu’un coup de bâton dans l’eau. Évidemment, vu le nombre d’affaires réalisées, ce n’est pas possible. D’où sans doute la nécessité de se poser la question du travail effectué avec une vision seulement quantitative et totalement inutile. Et aussi une réflexion à avoir sur l’utilisation du rapport temps/rentabilité des fonctionnaires de police. Une vraie procédure en matière de drogue nécessite en effet une mobilisation sur une procédure longue, aléatoire en terme de résultat et gourmande en personnels. Pour autant, remplacer la quantité par la qualité c’est la seule manière de lutter efficacement et cela dès les services de police et de gendarmerie de base.
Parce que les représentants de la force publique travaillent aussi sérieusement sur des trafics et cela parfois à partir de simples affaires de ramassage. Et quand cela paye, cela enraye réellement la distribution.
Témoin cette affaire aux Sables-d’Olonne qui commence par un simple contrôle. Un jeune homme trouvé détenteur de 2 grammes de cannabis et 8 grammes d’héroïne. Une enquête sérieuse conduit à l’identification et à l’interpellation des fournisseurs, la découverte de 100 grammes de résine de cannabis, 196 grammes d’héroïne et de 5 460 € en liquide, chez une « nourrice » une jeune femme acceptant de cacher argent et drogue. D’après Ouest France du 27 août, les dealers principaux, un couple, ont été condamnés à 24 et 6 mois de prison ferme et 3 000 € d’amende. Le jeune à l’origine de l’affaire a pris 19 mois de prison également pour trafic de drogue. La « nourrice », elle, écope de 6 mois avec sursis. Les quantités saisies sont sans doute minimes, mais c’est un réseau de distribution qui est neutralisé. Et c’est bien ainsi qu’il faut raisonner de manière systématique.
Autre exemple parlant de l’efficacité du travail à long terme, l’interpellation dans la nuit du 18 au 19 août dernier, par la PJ de Nantes, de plusieurs dealers au volant de deux voitures puissantes. Dans l’une d’elle, pas moins de 300 kg de résine de cannabis. Sans doute une enquête longue, mobilisant de nombreux fonctionnaires qui n’aboutit finalement qu’à une seule affaire élucidée.
Mais si l'on fait la péréquation entre la quantité saisie et l’hypothèse très très optimiste que les simples détenteurs interpellés sans suite à longueur de journée portent en moyenne une barrette de 10 grammes, cette affaire équivaut à 30 000 interpellations de routine, soit environ un tiers de cette activité pour une seule année en France, tous services confondus….
Le « syndrome Beigbeder » c’est cela. Que cela soit le concernant ou pour les autres, monter en épingle les simples usages ou détentions de drogue, c’est finalement beaucoup de bruit pour rien.
Sources : (Cliquez sur le titre pour lire)
Libération Next du 1 févier 2008 (Sur les circonstances de l'interpellation de F Beigbeder)
Europe 1 le 28 août 2009
Ouest France du 24 août 2009
Ouest France du 27 août 2009
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