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17.08.2009

La force publique: une espèce menacée ?

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Aujourd’hui, le Figaro.fr évoque la drastique réduction des effectifs dans la Police Nationale.

Au-delà des discussions, les chiffres évoqués dans cet article parlent d’eux-mêmes. En 2007 Matignon envisageait 5000 suppressions de poste, dans les faits, en 2009, 3000 seraient déjà programmés. Les objectifs seraient de supprimer d’ici 2012 pas moins de 8 000 postes, soit environ 10% du nombre total de gardiens de la paix.

Dans le même temps, pour « nourrir » les compagnies de sécurisation en banlieue, les UTEQ et le Grand Paris, il faudrait créer environ 6000 nouveaux postes

Un absurdité qui semble évidente et avec laquelle le nouveau Ministre de l’Intérieur doit se débattre.

De plus, la récente polémique sur le rétropédalage actif auquel a dû se livrer Monsieur Hortefeux en désavouant publiquement son administration centrale au sujet de l’annulation de la scolarité en septembre des « cadets de la République » cache en fait une réalité bien plus amère pour une partie des jeunes français qui avaient choisi de faire carrière dans la police nationale, le plus souvent par pure vocation.

 

Plus de 3000 lauréats de concours de police attendent leur intégration, certains depuis deux ans...

C’est ainsi, d’après les syndicats, 2 400 lauréats du concours de gardien de la paix qui seraient actuellement « sur la touche » et environ 700 adjoints de sécurité (ADS), eux aussi reçus aux examens qui seraient en attente d’intégration en école de police. Soit plus de trois mille jeunes qui ont fait confiance à l’Etat en choisissant de faire une carrière dans un service public exigeant et dont certains survivent aujourd’hui du RMI simplement en attendant une scolarité promise.

Voilà donc ainsi un paradoxe qui n’échappe à personne. La sécurité publique nécessite un renouvellement d’effectif, dont le potentiel est déjà pré recruté, mais que le Ministère de l’Intérieur n’a visiblement plus les moyens financiers d’intégrer.

Une situation budgétaire qui serait peut-être plus grave que ce que l’on peut en savoir. D’après ‘la lettreA.fr » en date du 31 juillet dernier, il manquait au ministère de l’Intérieur 83 millions d’€uros au mois de juillet pour assurer la paye du traitement de ses fonctionnaires.

Une information qui n’a pas été reprise dans la presse. Pour autant, cette situation budgétaire était la cause officiellement mise en avant pour suspendre l’intégration des cadets de la République. Et Monsieur Hortefeux, lors de son désaveu de cette mesure, dans le figaro du 13 août, n’a pas eu un mot sur la réalité du budget de son ministère, ce qui était sans doute l’interrogation principale qu’aurait dû lui poser les journalistes à cette occasion.

Au-delà de la question légitime sur la santé financière de la sécurité intérieure plusieurs problématiques en découlent.

Comment, à l’heure des économies drastiques commandées par la Révision générale des politiques publiques (RGPP) continuer à assurer la charge financière du personnel dans ce ministère ?

C’est tout de même près de 80 % de l’enveloppe totale si l’on en juge les chiffres du Projet Annuel de Performance 2008, demandant 13 461 807 926 € pour les dépenses de personnels pour un budget total de fonctionnement de 15 911 068 530 €uros…

Dans les services, l’heure est depuis longtemps aux économies de tous poils, les acteurs au quotidien de la sécurité publique s’en rendent compte jusqu’à l’absurdité au jour le jour.

La question de l’éventualité d’une privatisation, à terme, d’une partie des tâches dévolues de manière régalienne à l’Etat est également sur toutes les lèvres de ceux qui suivent cette évolution de près.

D’autant que Monsieur Wauquiez, secrétaire d’Etat à l’emploi prévoyait, dans le Figaro du 16/12/08 le recrutement d’ici 2015 de 100 000 nouveaux agents de sécurité privés. Un chiffre qui porterait l’effectif total de cette profession à 260 000 agents, soit une population supérieure à celle actuelle des agents actifs de l’Etat, Police et Gendarmerie confondues !

Une prévision qui ne correspond pas au dynamisme de ce secteur, sauf peut-être à envisager un glissement de tâches de l’Etat vers le secteur privé…

Monsieur le Président de la République lui-même, dans la préface du livre blanc « La participation de la sécurité privée à la sécurité générale en Europe », mi décembre 2008, évoquait « un esprit de coproduction ».

Quelles missions de sécurité publique risquent-elles d'être privatisées ?

La récurrence des problèmes de budget du Ministère de l’Intérieur, la réduction qui semble inéluctable des effectifs de la sécurité publique mais aussi de la Gendarmerie Nationale, la fermeture de 8 centres de formation de la police nationale depuis début 2009, l’évident besoin en effectifs et en recrutement de la sécurité intérieure, liés avec la volonté gouvernementale d’économie et de coproduction avec la sécurité privée pose de nombreuses questions qui touchent aux principes fondamentaux de la protection des citoyens en France.

Quelles sont les tâches qui risquent d’être privatisées ? Comment et avec quels acteurs ? Et surtout, avec quelles garanties et quel encadrement de l’Etat ?

Les acteurs de terrain, chaque jour, sont confrontés à l’esprit d’économie des chefs de service qui sont également jugés sur la rigueur de leur gestion. Une rigueur qui est un des indicateurs des primes parfois très importantes qu’ils perçoivent en fin d’année, en plus des chiffres de lutte contre la délinquance qui doivent être forcément bons.

Même si l’un ne compenserait pas l’autre, reste t’il décent de verser de telles primes à des fonctionnaires qui finalement ne font qu’exécuter les instructions de l’Etat, c'est-à-dire honorer leur service, alors qu’une génération entière de jeunes flics, la vocation vrillée au corps, attend dans la précarité que les places en école qui leur sont dues soient simplement ouvertes ?

Un cadre de la Direction Générale de la Police Nationale me confiait l’an passé : « Avec la RGPP nous avons ouvert la boîte à gifles. ».

Voilà sans doute un nouveau dossier de violences policières, auto administrées celles là, duquel Monsieur Hortefeux va devoir se sortir dans les mois et les années qui viennent.

Reste à savoir comment….

 

Marc Louboutin.

 

Sources :(cliquez pour lire)

Figaro.fr du 17 août 2009

Figaro.fr du 13 août 2009

Lettre A du 31 juillet 2009

 
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