07.10.2009
Pétition à l'intention de Monsieur Hortefeux pour le respect dû aux deux policiers morts en service le 7 octobre 2009
Deux policiers de la BAC de Cannes sont décédés la nuit dernière lors d'un accident de voiture en se rendant sur une intervention.
Un troisième est sérieusement blessé.
L'information, relayée par de nombreux sites d'informations en ligne, est largement commentée, le plus souvent avec des messages respectueux de cette conséquence tragique du travail de police et de la nécessité d'intervention rapide.
Quelles que soient les circonstances de cet accident, ces deux policiers sont morts au service de la France, de l'ensemble des citoyens.
Leur équipier souffre de ses blessures.
Les policiers s'insurgent des nombreux commentaires non modérés par les responsables de publication qui fleurissent sur Internet, allant de la réjouissance à cette annonce de deux décès de policiers à des atteintes graves à la mémoire de nos deux camarades, et par là même à la réputation globale de l'ensemble des forces de l'ordre.
Ces propos, parfois d'un contenu à vomir, sont insupportables à l'ensemble des policiers et gendarmes, à la grande majorité des Français solidaires des risques encourus dans le travail quotidien des acteurs de la sécurité publique et sans doute encore plus aux familles endeuillées qu'il faut préserver en ce temps de douleur.
Nous appelons Monsieur de Ministre de l'Intérieur à condamner fermement ces propos et à rappeler énergiquement aux directeurs de publication leurs obligations légales et leur responsabilité en matière de modération concernant les outrages publics aux forces de l'ordre, tout particulièrement en cette triste journée.
Chaque jour les agents de la force publique prennent leurs services, prêts à se sacrifier malgré les insultes récurrentes dont ils sont l'objet à la fois sur la voie publique et sur les médias, notamment participatifs, souvent dans ce dernier cadre par de lâches anonymes.
Ils en ont pris leur parti, ces propos sont malheureusement devenus d'une banalité regrettable.
Mais ils n'acceptent pas que l'on salisse gratuitement la mort en service commandé et la mémoire de leurs camarades.
Ils demandent simplement, dans l'attente des résultats de l'enquête de l'IGPN, que l'on respecte la douleur des familles et cette journée de deuil pour l'ensemble de ceux qui mettent leur vie en jeu au quotidien au service de la sécurité des Français.
Marc Louboutin -
Romancier
Ancien Lieutenant de Police.
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29.08.2009
Tout le monde ne meurt pas lors d'un accident de la route
Ce soir, samedi, sous allez faire la fête ?
Vous comptez peut-être rentrer en voiture malgré quelques verres ?
Cette video de la prévention routière américaine, à la fois sobre et très violente, vous fera peut-être changer d'avis...
Certains policiers suggérent de la passer aux conducteurs interpellés en état d'ivresse après leur dégrisement.
Je ne suis pas certain que cela change grand-chose.
C'est bien connu que ce genre de chose n'arrive qu'aux autres.
11:37 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : police, prévention routière, texas, alcool au volant
28.08.2009
Détention de drogue et course aux chiffres : le syndrome Beigbeder.
Le bruit médiatique fait autour de la sortie du dernier livre de l’inénarrable Frédéric Beigbeder,"Un roman français" aura au moins eu le mérite de nous apprendre une chose importante concernant les conséquences judiciaires de l’activité de la police en matière de course aux interpellations en matière de simple détention ou d’usage de stupéfiants.
Je ne vais pas parler du motif de son livre ; sa garde à vue pour usage de cocaïne sur le capot d’une Bentley…(Frédéric Beigbeder garde la classe en toute occasion), ni sur le fait qu’un acte de délinquance soit présenté comme un fait d’arme, à la condition unique d’être connu, riche, soit disant beau mec et surtout de pouvoir s’appuyer sur un réseau de journalistes contents au passage de se moquer de la police et de la justice à faible risque autour d’une coupe de champagne forcément millésimée.
Non. L’information se trouve dans une interview du Procureur de la République de Paris, Monsieur Jean-Claude Marin, sur Europe 1. Pas celle où il démontre que la paranoïa de l’écrivain est injustifiée à son encontre.
Non plus.
L’information se sont les conséquences judiciaires que risquent les mis en cause dans une simple affaire de détention et/ou d’usage de stupéfiants en France, motif d’interpellation qui est celui privilégié pour justifier de l’activité des forces de l'ordre dans ce domaine.
Je le cite :
« "Monsieur Beigbeder, comme tous les autres, a fait l'objet d'un classement sans suite avec injonction thérapeutique, parce qu'il est d'abord un malade de la drogue". »
Au moins c’est dit. La plus grande partie de l’activité de sécurité publique en matière de drogue n’a donc aucune incidence de poursuites pénales. La machine ne tourne t’elle pas un peu à vide, au-delà de la présentation statistique officielle qui est toujours mise en avant ?
Le principe des procédures de stupéfiants à la va vite, avec une mise à disposition en quelques lignes suivie d’une courte audition forcément bâclée, uniquement pour fabriquer du chiffre et dynamiser le taux d’affaires élucidées ne sert à rien en terme de lutte contre le trafic de drogue. Je me demande d'ailleurs si une perquisition chez l'écrivain, si l'information relayée par Libération après son interpellation et la possession de deux sachets de cocaïne est vrai, n'aurait pas été utile...Je n'ai rien lu à ce sujet...;-)
Une affaire de stupéfiants, fût elle de simple détention, qui n’est pas suivie d’une procédure complète, avec perquisition et audition sérieuses, n’est qu’un coup de bâton dans l’eau. Évidemment, vu le nombre d’affaires réalisées, ce n’est pas possible. D’où sans doute la nécessité de se poser la question du travail effectué avec une vision seulement quantitative et totalement inutile. Et aussi une réflexion à avoir sur l’utilisation du rapport temps/rentabilité des fonctionnaires de police. Une vraie procédure en matière de drogue nécessite en effet une mobilisation sur une procédure longue, aléatoire en terme de résultat et gourmande en personnels. Pour autant, remplacer la quantité par la qualité c’est la seule manière de lutter efficacement et cela dès les services de police et de gendarmerie de base.
Parce que les représentants de la force publique travaillent aussi sérieusement sur des trafics et cela parfois à partir de simples affaires de ramassage. Et quand cela paye, cela enraye réellement la distribution.
Témoin cette affaire aux Sables-d’Olonne qui commence par un simple contrôle. Un jeune homme trouvé détenteur de 2 grammes de cannabis et 8 grammes d’héroïne. Une enquête sérieuse conduit à l’identification et à l’interpellation des fournisseurs, la découverte de 100 grammes de résine de cannabis, 196 grammes d’héroïne et de 5 460 € en liquide, chez une « nourrice » une jeune femme acceptant de cacher argent et drogue. D’après Ouest France du 27 août, les dealers principaux, un couple, ont été condamnés à 24 et 6 mois de prison ferme et 3 000 € d’amende. Le jeune à l’origine de l’affaire a pris 19 mois de prison également pour trafic de drogue. La « nourrice », elle, écope de 6 mois avec sursis. Les quantités saisies sont sans doute minimes, mais c’est un réseau de distribution qui est neutralisé. Et c’est bien ainsi qu’il faut raisonner de manière systématique.
Autre exemple parlant de l’efficacité du travail à long terme, l’interpellation dans la nuit du 18 au 19 août dernier, par la PJ de Nantes, de plusieurs dealers au volant de deux voitures puissantes. Dans l’une d’elle, pas moins de 300 kg de résine de cannabis. Sans doute une enquête longue, mobilisant de nombreux fonctionnaires qui n’aboutit finalement qu’à une seule affaire élucidée.
Mais si l'on fait la péréquation entre la quantité saisie et l’hypothèse très très optimiste que les simples détenteurs interpellés sans suite à longueur de journée portent en moyenne une barrette de 10 grammes, cette affaire équivaut à 30 000 interpellations de routine, soit environ un tiers de cette activité pour une seule année en France, tous services confondus….
Le « syndrome Beigbeder » c’est cela. Que cela soit le concernant ou pour les autres, monter en épingle les simples usages ou détentions de drogue, c’est finalement beaucoup de bruit pour rien.
Sources : (Cliquez sur le titre pour lire)
Libération Next du 1 févier 2008 (Sur les circonstances de l'interpellation de F Beigbeder)
Europe 1 le 28 août 2009
Ouest France du 24 août 2009
Ouest France du 27 août 2009
12:56 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : police, justice, beigbeder, un roman français, cocaïne, drogue, statistiques
27.08.2009
En Suisse, une blessure en service est un simple risque gratuit du métier de police.
Je profite de la lecture d’un article du Journal de Genève pour ouvrir le débat sur la gestion des blessures en service et leur indemnisation.
Le système suisse est différemment du notre, c’est certain.
Néanmoins dans ce refus de la justice Helvétique d’indemniser un gendarme, blessé légèrement certes, mais avec une arme par destination (un tournevis) lors de l’interpellation d’un cambrioleur, il y a tout de même un passage, d’après l’article qui me fait bondir.
Je cite :
« Les risques du métier
Enfin, les juges reprennent l’argument que la LAVI (Commission Suisse d’indemnisation ndla) avait elle-même avancé. A savoir qu’un gendarme exerce un métier exposé et doit s’attendre à ce genre de danger. Conclusion: le TA décide que le gendarme n’a droit à aucune indemnité. »
En France l’administration est sensée prendre en charge la défense des fonctionnaires dans de telles circonstances.
Pour autant, un gardien de la paix travaillant dans la région parisienne me confiait il y a peu qu’il devait avancer lui-même dans une affaire de violences à Agent de la Force Publique dont il avait été victime, une somme de six cent €uros à l’avocate qui le défendait dans cette procédure, l’administration ayant refusé de procéder à cette avance. Cette dépense le mettait dans une situation financière difficile.
Évidemment, je ne connais pas cette affaire, donc difficile d'en juger. Ce policier se trouvait néanmoins face à un dilemme pour trouver cet argent.
Pour autant, dans les années 80, mettant fait casser le nez lors d’une interpellation,quand est venu le temps de ma constitution de partie civile, au Tribunal Correctionnel, il m’était répondu que cela ne serait pas possible, puisque c’était à un représentant de l’administration de le faire et qu’il avait visiblement « oublié « de venir…
J’ai donc laissé tomber. Je garde de ce souvenir des cloisons nasales en vrac depuis vingt ans...
Je voudrais donc savoir si certains parmi les lecteurs du Blog ont déjà été victimes de BS, comment cela c’est réglé du point de vue de l’indemnisation, ou s'ils connaissent des cas similaires ?
Source : La Tribune de Genève : http://www.tdg.ch/geneve/a
16:23 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : police, suisse, blessure en service
26.08.2009
« Anti-flics » : Parce qu’un policier averti en vaut deux !
Porter un tee-shirt, ou un vêtement quelconque marqué de la mention tout à fait lisible « anti-flics » est-ce utiliser sa liberté d’expression ?
J’avoue que je ne possède pas d’avis tranché sur la question. Pour l’heure, je n’ai pas vu un seul porteur de ce genre de vêtement dans ma petite ville de Seine Saint Denis.
Pourtant chaque jour, j’en vois d’autre. Marqué fièrement « Caillera » ou « Racaille 93 ».
Lorsque l’on sait que le terme « racaille » désigne non pas un habitant de banlieue mais un délinquant d’habitude plutôt violent, cela me laisse songeur.
Je ne sais pas s’il est plus préoccupant de s’afficher « anti-flics » ou délibérément comme délinquant…
J’en ai discuté autour de moi avant de rédiger cet article. Avec des simples citoyens et avec des policiers. Les avis sont partagés. Certains trouvent cela scandaleux, d’autres pensent qu’il ne s’agit là que d’exprimer librement une opinion. Certains trouvent que le débat à ce sujet est inutile.
Soit.
Ces tee-shirts sont vendus sur le site Internet d’un fabriquant allemand qui offre la possibilité de franchise personnelle. C'est-à-dire, pour faire simple, que si vous voulez offrir à la vente des vêtements dont vous avez inventé le motif, vous pouvez librement ouvrir une boutique, la société Spreadshirt s’occupe de tout, de l’impression et de la livraison. Le principe est donc extrêmement simple.
On peut y commander aussi bien une veste à capuche, « classique » du streetwear banlieusard, qu’un petit débardeur féminin à arracher furieusement si le sujet vous excite assez, en passant par le mug qui rappelle les fondamentaux de la lutte dès le petit déjeuner ou la casquette commode pour éviter d’être identifié par une caméra vidéo en laissant aux opérateurs un message lisible…
Pour autant, ce commerce n’est pas anonyme, vous devez fournir votre nom, une vraie adresse postale (qui apparaît sur votre boutique personnelle) et vos coordonnées bancaires pour les rétrocessions sur les ventes.
Je suis plus dubitatif sur la justification du marketing. La base-line de cette boutique, c'est-à-dire sa présentation sur Internet, c’est : « Gamme vestimentaire et accessoires contre la police. ».
Pourquoi pas…
L’argumentaire de vente est celui-là, en page d’accueil de ce magasin virtuel : « Osez afficher fièrement et en toute légalité ce que tout le monde pense tout bas. La démocratie c'est la liberté d'expression quelle qu'elle soi, et un flic averti en vaut deux. »
Je ne suis pas assez pointu en Droit pour savoir si de tels slogans sont légaux ou pas. Au passage, l’avis d’un juriste à ce sujet serait utile au débat.

S’afficher ainsi « Anti-flics » est-il constitutif d’un outrage à agent de la force publique ? Je n’en suis pas si certain…
La mention « Un flic averti en vaut deux », à double tranchant, me fait sourire.
Un agent de la force publique doit il, face à un tel porteur de slogan, prendre peur ou plutôt lui accorder une attention toute particulière lors d’un contrôle ?
J’entends déjà certain me dire que parler de ce site de vente en ligne, c’est lui faire une publicité qu’il ne mérite pas. C’est sans doute vrai. Mais je préfère aborder le problème de front que de le laisser au fond du tiroir, d’autant que c’est un lecteur de ce blog, policier, qui m’a soumis ce sujet.
Finalement, la contre-mesure, dans le domaine de l’expression, serait peut-être de proposer à la vente des tee-shirts « Anti-Racaille ». Avec près de 280 000 fonctionnaires, policiers nationaux et municipaux et militaires de la Gendarmerie en France, voilà un marché potentiel qui me semble prometteur. Sans compter les sympathisants des forces de l’ordre…
Après tout, il suffirait de créer une boutique « Pro-flics » et de réfléchir un peu à des motifs et slogans…Peut-être même qu’un jour Monsieur Sarkozy ira faire son footing en portant un tel motif plutôt que celui de la Police de New-York ? Une publicité en or !
La liberté d’expression, c’est peut être cela tout simplement. Opposer calmement aux opinions les plus extrêmes une réponse sensée et concrète. Sauf que je ne doute pas une seconde que si les policiers, en civil, se mettaient à porter de tels motifs, la presse et certains milieux « intellectuels », à ce moment là, hurleraient à la provocation, au manque de retenue et de neutralité auxquels sont astreint les forces de l’ordre…
Finalement, si ce billet augmente la population de porteurs de tee-shirts « anti-flics », en multipliant les policiers avertis par deux, cela contribuera par l’absurde à régler virtuellement les problèmes d’effectifs au Ministère de l’Intérieur….
Ps : Merci à Thomas G pour l'information.
Bonus du débat : Et vous, quels sont les slogans les plus engagés, dans ce domaine, que vous avez pu lire sur des vêtements ?
La boutique anti-flics : http://antiflics.spreadshirt.net/fr/FR/Shop/Index/index
10:49 | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : police, gendarmerie, anti-flics, liberté d'expression
25.08.2009
Rester avec les morts : le sale boulot oublié des flics.
Quand certains journalistes parlent du travail des forces de l'ordre, ils oublient souvent que leur quotidien, souvent, c'est aussi intervenir sur les accidents de la route comme celui montré dans la dernière vidéo de la prévention routière anglaise.
Dans le film-polar "Diamant 13", qui commence par des constatations sur un accident mortel lors d'une permanence de nuit, Depardieu cite cette réplique :"Tous les flics font des cauchemars, cela fait partie du barda."
Dans ces circonstances, nos amis les pompiers font le métier noble : sauver des vies.
Nous nous restons seuls avec les morts, pour tenter de comprendre. Le sale boulot en quelque sorte. Celui que tout le monde occulte. Cette vidéo, c'est finalement exactement un compte-rendu d'enquête d'accident mortel.
Mon cauchemar c'est une jeune femme enceinte de six mois écrasée lentement par un camion alors qu'elle avait emprunté la moto de son mari un jour de grève RATP et avec laquelle elle était tombée doucement entre les roues du poids lourd dont le chauffeur, traumatisé, ne l'avait pas vue. Un accident qui s'est déroulé dans les embouteillages. Au pas.
Ce n'était pas plus dégueulasse de d'habitude, mais nous avons tiré à la courte paille lequel d'entre nous appellerait et auditionnerait son mari. Après on s'est saoulés proprement. Le côté affectif de l'affaire sans doute. Nous étions tous de jeunes papas.
Des cadavres, nous en avons croisés tellement. Mesurés, photographiés, déshabillés. Et pour certains, lorsque cela s’avérait nécessaire, nous avons assisté à leurs découpages sur les tables d’autopsie.
Des jeunes, des vieux, des deux sexes, parfois des bébés…Dans tous les états imaginables.
Mais dans le domaine des accidents de la route, l’intervention prend souvent en compte également les cris dans la tôle froissée, des hurlements à l’extraction…le temps que les sapeurs-pompiers sauvent ceux qui peuvent l’être.
Alors, pour une fois, peut-être qu’il serait utile de se rendre compte de ce que les flics peuvent avoir à encaisser de manière régulière. Surtout les plus jeunes. Après on se blinde. Enfin, on se cuirasse en surface mais cela reste gravé au fer rouge au plus profond de chacun de nous…
Cette campagne de la sécurité routière anglaise est dure. Très. Ce n’est pourtant que la réalité.
Cliquez ici pour voir la vidéo. (Attention les images peuvent choquer)
10:10 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : police, accident, sécurité routière, minsitère de l'intérieur
24.08.2009
Pour les médias, la police c’est de la coke.
Le point commun entre un uniforme bleu marine et une ligne de CC ? Pour la presse, c’est un peu la même chose, cela permet de booster la performance...
Inutile de prendre l’exemple d’un faits divers mettant en cause les forces de l’ordre pour illustrer ce principe de dopage. Et puis, tant que cela se peut, inutile de relancer des polémiques là ou certains journalistes jettent déjà de l’huile sur le feu. Sans doute quelques lecteurs trouveront eux-mêmes des exemples parlants. J’aurais pu écrire « flagrants » mais cela aurait alors senti l’interpellation « avec la force strictement nécessaire » donc la possibilité d’explications à donner. Longuement et par écrit…
Je vais donc revenir sur article du Figaro d’il y a quelques jours que nous avions déjà commenté. Et pour montrer comment une rédaction peut triturer une page entière pour n’en garder que ce qui va faire vendre et provoquer la polémique, je vais le comparer avec un billet paru sur le Post.fr, média interactif qui est montré aujourd’hui en exemple de performance en terme de volume de lectorat.
Autant prévenir tout de suite, cet avis m’est tout à fait personnel, donc subjectif et ne se veut en rien une leçon de journalisme. Je me borne à faire les constatations. Sans plus. Comme lorsque j’étais flic. Cela montre un aspect de la méthode employée pour faire de l’audience. Et dans ce domaine, les médias interactifs sont de bons indicateurs. Et il suffit de regarder les « Unes » des journaux papier ou télévisés pour se rendre compte qu’un sujet qui « buzze » sur Internet est le plus souvent repris par les médias classiques. Vous me direz que je suis naîf et que le but de tous ces supports, comme n’importe quelle société privée est de faire des bénéfices donc de provoquer des ventes, des spectateurs, ou de l’audience, avant de se soucier d’un quelconque devoir d’information. C’est vrai. C’est d’ailleurs pour cela qu’aujourd’hui le fait divers et le people sont les deux mamelles du succès assuré d’un média.
Dans le domaine du fait-divers, la sous catégorie reine, c’est la mise en cause des forces de l’ordre et/ou de la sécurité intérieure. Voir l’assimilation politique des deux, comme si c’étaient les gardiens de la paix et gendarmes qui dictaient la politique du gouvernement.
C’est grossier, mais cela fonctionne à tous les coups.
Petite démonstration :
Le 13 août, Monsieur Hortefeux donnait une interview au Figaro pour faire cesser la polémique concernant la suppression de la rentrée en école de quelques 900 cadets de la république. Nous avons déjà discuté de cet article, titré : « Les cadets de la République seront intégrés comme prévu. »
Pour faire court, voilà les sujets abordés au cours de cette page :
1)Le Ministre de l’Intérieur annonce que cette rentrée de cadets aura bien lieu.
2)Il désavoue l’administration de son ministère. (Occultant au passage la question du manque de budget invoqué par cette dernière pour repousser cette incorporation, ce silence en forme d’aveu étant en lui-même également une information.)
3)Il commente la hausse, considérée comme légère, de la délinquance.
4)Il justifie de son déplacement à Royan, ville dans laquelle une quinzaine de jeunes venant de banlieue parisienne venait de commettre une série de délits divers, défrayant la chronique estivale de cette station balnéaire.
5)Il fait le point sur l’affaire de Bagnolet durant laquelle un jeune homme fuyant la police s’est tué en moto.
6)Il annonce son initiative de réunir des associations représentatives et les membres du gouvernement concernés pour réfléchir à l’amélioration du dialogue entre les forces de l’ordre et les jeunes.
Soit, environ 6 ou 7 informations à hiérarchiser si l’on veut choisir un thème d’article pour parler de la sécurité publique dans un support de presse.
Je ne vais pas ergoter sur la priorité à donner. Mais il y a tout de même dans cet article quelques sujets nationaux de fond sur la sécurité et sur le style que Monsieur le Ministre de l’Intérieur veut impulser à son mandat. Des portes à ouvrir justement pour provoquer un débat de fond.
La rédaction du Post.fr s’est donc appuyée sur cet article pour rebondir. La rédaction, cela veut dire des journalistes professionnels, pas les « contributeurs simples citoyens » plus ou moins rétribués pour nourrir le site.
Ces professionnels, de la « nouvelle école » c'est-à-dire celle d’Internet, se targuent du nouveau titre de « Community managers ». Au-delà des discours, la seule arme qui vaille pour eux, c’est « le buzz ». C'est-à-dire la provocation d’un maximum de lectures et de commentaires.
La seule chose retenue par ces journaliste de l’article du Figaro c’est la phrase suivante, prononcée par le Ministre de l’Intérieur au sujet des troubles à répétition provoqués par la quinzaine de banlieusards à Royan, le plus souvent en bande : « Je ne laisserai pas des petits caïds faire la loi. ».
Là, c’est une « belle affaire » en terme d’impact prévisible, notamment lorsque l’on s’adresse à un lectorat âgé de moins de trente ans. Cela fleure bon le rappel au terme « Kärcher ® » utilisé par Monsieur Sarkozy lorsqu’il était à ce poste.
Comment dès lors faire de l’audience facilement ?
1)Sortir la citation de son contexte global.
2)Reprendre cette phrase en titre.
3)Dans « l’article » rappeler l’origine banlieusarde des mis en cause de Royan.
4)Mentionner que le Ministre a envoyé des renforts de police dans le département.
5)Le tout en quelques lignes seulement.
Cela tient en trois mots. « Caïds, banlieue, police.»
C’est le sujet préféré de polémique dans la presse. Cela fonctionne systématiquement au quart de tour. Chacun peut se lâcher sur le sujet à grands coups de clichés et de caricatures. Résultat : près de 20 000 lectures de l’article et pas moins de presque 550 commentaires.
Le débat ? Comme d’habitude il tourne autour de ce que l’on appelle « le point Godwin » c'est-à-dire l’évocation de la période nazie de l’occupation, un grand classique dès qu’il est question de police, d’un racisme sans complexe envers toute la population de banlieue, et la mise en cause globale de la Police Nationale. Ainsi chaque « camp » idéologique peut exprimer ses plus basses réflexions.
Deux exemples de ces commentaires antagonistes, (j’occulte volontairement tout ce qui touche à la dernière guerre, cela me semble tellement hors sujet) :
« M. Hortefeux est nettement plus discret sur les agissements de sa police !...Au total, on finira par se demander où sont réellement les voyous !!!... »
« (Les immigrés)…à mettre sur un bateau et à faire couler dans la Méditerranée… »
Vous voulez faire un carton d’audience ? Vous avez la recette, provoquez un débat ou s’affronteront pro et anti flics et rajoutez-y un soupçon d’appel au racisme et la mayonnaise est d’ores et déjà un succès.
Pas un seul des contributeurs, pas plus que les « journalistes » de la rédaction ne semblent avoir lu l’article original. Parce que leurs débats ont occultés qu’il y était également dit, au sujet des cadets de la République ; « Leur création répond à un double besoin : un effort d'intégration de jeunes issus majoritairement de milieux défavorisés et un recrutement diversifié de la police. »
Et aussi, concernant le dialogue jeunes-policiers : « (les initiatives)… ne doivent pas se limiter à une opposition caricaturale entre policiers violents et jeunes forcément délinquants. Cela ne correspond pas à la réalité. »
La démonstration est terminée.
Ce titre de presse, qui est tout de même une filiale du Monde Interactif, a réussi à faire un buzz en détournant volontairement la finalité d’un article dans lequel le Ministre de l’Intérieur parlait d’intégration à travers l’engagement dans la Police et dénonçait la mise en «opposition caricaturale entre policiers violents et jeunes forcément délinquants. »
Je ne juge pas de la pertinence de M. Hortefeux, je ne fais pas de politique partisane. La phrase sur les « caiïds », même légitime et de bon-sens, était peut être mal pesée en terme de résonances. Les esprits malins rétorqueront que c’était peut être ce qui était voulu en terme de communication ministérielle. Je ne sais pas. Ce que je constate c’est que ce jour là, sur Internet, les boucliers étaient de circonstances pour les forces de l’ordre. Et que ce n’étaient pas les « jeunes de banlieue » qui leur jetaient des pierres, fussent-elles verbales…
Les policiers sont de toutes les façons de parfaits intermittents du spectacle médiatique. Ils marquent la ligne blanche que la presse, et pas seulement virtuelle, consomme régulièrement pour doper ses ventes et son audience.
A ce petit jeu là, qui ressemble à s’y méprendre à un théâtre de guignol où l’humour de bastonner le gendarme est remplacé par un mépris mâtiné d’intérêt financier, le dialogue n’est pas près de s’installer.
Il ne serait de sans doute pas rentable médiatiquement…
A chaque fois que je lis des leçons de déontologie sur le métier des forces de l’ordre écrites par des journalistes, je me dis que dans cette profession, s’ils avaient à rédiger objectivement des procédures judiciaires, cela ferait longtemps que beaucoup seraient virés avec raison…
Sources : (cliquez pour lire)
14:39 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : police, média, presse, hortefeux, ministre de l'intérieur
19.08.2009
Brice Hortefeux riposte. En légitime défense ?
Le Ministre de l’Intérieur ne pouvait laisser les polémiques s’installer sur l’efficacité réelle de la Police et de la Gendarmerie après la publication de chiffres, parfois pas très bons, concernant l’activité judiciaire des forces de l’ordre.
Donc il « riposte » terme employé dans le titre de l’article du Figaro qui est consacré aux mesures qu’il va prendre, hier dans la soirée. Hors, en matière de riposte, la question est toujours de savoir si la légitime défense s’applique, sauf à un retour de bâton. Le premier policier venu connaît le principe.
D’abord emploi de la méthode dite « scolaire », un grand classique au Ministère de l’Intérieur quelle que soit la couleur du gouvernement.
Monsieur Hortefeux va commencer par réunir le 1er septembre les Directeurs Départementaux de la Sécurité Publique et leurs homologues Commandants de Groupements de la Gendarmerie. Son but : « «Je leur fixerai, poursuit-il, des objectifs précis de baisse de la délinquance. Il faudra mettre un coup de collier contre les cambriolages»
Ces derniers étant en hausse de 12 %, l’argumentation semble justifiée. Sauf que comme nous en parlions hier, cela nécessite de relancer l’investigation dans une période ou l’activité « classique » pour faire du chiffre, se sont les contrôles systématiques. En matière de vols dans les domiciles, les opérations de ce genre sur la voie publique sont d’une faible incidence. Vu le potentiel en personnel des commissariats, je ne sais pas si cela va être possible. Identifier les auteurs de cambriolages, qui souvent commettent ces délits en série, n’est le plus souvent possible qu’avec une réelle et efficace activité de synthèse, à la fois locale et globale, qui est ingrate à moyen terme, même si son efficacité est prouvée. Autant dire que les résultats risquent de ne pas être immédiats, ce qui serait tout à fait normal.
Autre « grand messe », comme on dit dans le jargon, la convocation de vingt Préfets, les dix meilleurs et les dix moins performants pour confronter les méthodes. Soit. Je ne sais pas si la méthode est pertinente. Monsieur Sarkozy, lorsqu’il était à l’Intérieur, était partisan de ces mises en confrontations parfois « sportives ». Si c’est dans un but de pédagogie active sur l’activité de terrain, pourquoi pas. Si c’est pour apprendre aux « mauvais élèves » comment présenter de forcément bons chiffres, cela n’aura aucune incidence sur la réalité des faits.
Le problème de Monsieur Hortefeux, finalement, c’est de réussir à s’extirper de la dynamique des chiffres produits à la façon « grande distribution ». La méthode s’essouffle, elle commence à être parfaitement identifiée et démontrée par les spécialistes de la question. Le Ministre de l’Intérieur le sait parfaitement : il doit réussir à s’échapper vite de cette impasse…
Au passage, j’en profite pour relever une déclaration politique, Monsieur Hortefeux étant un pilier de l’UMP c’est un peu normal, qui est tout de même de mauvaise foi.
Je cite la déclaration reprise à la fois dans le Parisien et le Figaro : « constatant que le taux d'élucidation des affaires "avoisine désormais les 38 %", le ministre rappelle que "sous les socialistes (avant 2002) ce taux était inférieur à 25 %, ce qui signifie que trois délinquants sur quatre échappaient alors" à la justice. »
Là encore, aujourd’hui, nul n’ignore que cette « efficacité » n’est produite que par le déversement statistique massif de la multiplication des infractions révélées automatiquement par les forces de l’ordre lors des contrôles systématiques dans la colonne des plaintes contre inconnu(s). Pour connaître le taux réel d’élucidation, il faudrait mesurer objectivement le taux d’identification d’auteurs suite aux plaintes contre X. Là, je ne suis pas certains que les résultats soient si meilleurs qu’avant 2002…
Je précise que mon opinion n’est pas politique, j’ai quitté la police sous un gouvernement socialiste, entre autre parce que la politique suivie en matière de délinquance me semblait aberrante. Je ne suis pas certain que cela ait beaucoup changé depuis.
Non, le ministre de l'Intérieur n'est pas le "premier flic de France" !
Enfin, je lis une fois de plus un terme qualifiant le Minsitre de l’Intérieur de « Premier flic de France », dans le Figaro qui adore cette appellation. A chaque fois je bondis. Non, le Ministre de l’Intérieur, qu’il soit Monsieur Hortefeux, Monsieur Sarkozy ou Monsieur Chevènement, n’est pas le « Premier flic de France. » ! C’est le responsable politique qui dirige l’action du Ministère et c’est une grosse responsabilité. Mais flic, c’est un boulot, une vocation, un métier qui se fait principalement dans la rue. Je fais déjà une différence entre un « flic » et un « fonctionnaire de police ». Nous y reviendrons un peu plus bas. Est-ce que le Figaro oserait qualifier le ministre de l'Agriculture, Bruno Le Maire, de « premier paysan de France ». Assurément non, cela serait ridicule. Pourtant c’est exactement la même chose..
Et pour un « flic », il y a une autre chose étonnante qui transparaît dans l’article sur la « riposte » de Monsieur Hortefeux. Je cite le Figaro d’hier: «… dès mercredi, Brice Hortefeux se rendra à Perpignan pour encourager l'action de ses services dans la lutte contre la drogue. «Je revendique la transparence et l'honnêteté des chiffres», affirme-t-il »
La transparence en matière de lutte contre les stupéfiants n’existe pas et n’a jamais existé depuis des années. Les chiffres sont bons (environ 100 000 interpellations pas an) mais les quantités présentes dans le trafic réel explosent de matière exponentielle et depuis longtemps maintenant. De plus le quota de réelles poursuites judiciaires est d’une faiblesse à pleurer. Ce qui est normal lorsque l’on sait que la majorité des interpellations représente une simple détention, parfois juste quelques grammes…
La vraie transparence serait sans doute que Monsieur le Ministre demande à l’Observatoire National de la Délinquance d’effectuer une étude qualitative précise sur ce que représentent réellement ces chiffres. Je ne vais pas jusqu’à demander la publication d’une telle étude qui défrayerait sans doute la chronique politique, mais au moins le Ministère se ferait une idée concrète de l’activité globale et de sa pertinence au niveau national dans ce domaine. J’ai même idée que de telles conclusions sont déjà disponibles sur le bureau de Monsieur Hortefeux….
Je ne dis pas que la Police ne travaille pas dans le domaine, mais ce n’est sûrement pas la priorité nationale que cela devrait être. Les groupes spécialisés sont débordés face au raz de marée, les bras ouverts pour arrêter un Tsunami de trafics d’à peu près tous les produits stupéfiants. Mais dans les services de base, l’heure n’est pas à l’investissement dans ce domaine, les consignes sont claires : Ramener le maximum de simples détentions pour gonfler les chiffres, le reste n’est pas rentable en matière « d’efficience », c'est-à-dire de rapport heures-fonctionnaires/affaires élucidées…
La lutte contre les stupéfiants, je pourrais en écrire des pages, cela a été mon travail durant des années.
J’ai eu la chance de faire partie de cette génération d’inspecteurs de police dont le plaisir presque hebdomadaire, dans les années 80 était d’aller acheter de la drogue aux dealers, parfois en grandes quantités en infiltrant leurs réseaux.
Et je n’étais pas affecté dans un groupe spécialisé, mais dans un simple commissariat de quartier, puis dans une Unité de recherches à la 4ème DPJ,qui regroupait à l’époque les 12ème, 11ème et 20ème arrondissements.
Cela posait également quelques problèmes « déontologiques ». Des réalisateurs comme Olivier Marchal en parlent à longueur de films. L’époque était à la lutte contre l’héroïne, présente en masse, avec tous les problèmes sanitaires que cela impliquait, de la multiplication des overdoses à la propagation du sida…Nous avions donc quasiment "carte blanche". Parfois à nos risques et périls...
N’en reste pas moins que cette politique, même risquée et dont on pourrait affiner les limites, a fini par payer.
J’ai ensuite organisé des « coups d’achats » en Savoie, avec la PJ locale, puis me suis occupé d’un groupe stup à Quimper.
Dans cette ville moyenne, treize ans plus tard, je suis toujours détenteur du record de saisie du service. Je ne dis pas cela pour me faire mousser, mais pour montrer comment en matière de statistiques de lutte contre les trafics de stupéfiants l’administration fonctionne.
Démonstration (je rappelle que nous sommes en 1995, rien n'a changé dans les faits depuis me semble t-il) :
Ce groupe stup, qui pourtant fonctionnait à plein régime a été dissout en moins de trois semaines. Les raisons invoquées par mon Chef de Service : les enquêtes mobilisaient trop de personnel et trop longtemps (une enquête de trafic, par enchaîment des GAV peut durer une semaine et ce nuit et jour...) et « Paris » s’inquiétait du fait que dans les indicateurs de performance Quimper était devenu en un mois une « zone rouge » du fait de l’importance des réseaux identifiés ».
Donc : arrêt du travail sur les trafiquants et maintien de l’activité de routine qui maintient les courbes dans la bonne direction…
Faire du chiffre en la matière est effet simple, et ne nécessite pas de travailler sur les réseaux.
Un trafic, c’est comme une grande pyramide constituée d’un amoncellement de petits triangles. Tout en haut, le fournisseur. La ligne de base se sont les consommateurs. Entre les deux des réseaux intermédiaires.
Travailler en priorité sur les deux derniers échelons de la base permet d’assurer « du chiffre », de justifier d’une activité en nombre au niveau national, de réaliser des affaires de « trafics mineurs », mais par contre, n’empêche en rien l’écoulement des produits, sauf l’activité forcenée des « groupes spécialisés » ou l’émergence d’affaires d’importance de manière presque involontaire puisqu’il est fréquent aujourd’hui de trouver des quantités notables de drogue, même dans des opérations de routine tant la situation est devenue préoccupante…
Alors, la transparence, outre la nécessité d’une réelle étude sur l’activité nationale, c’est aussi sans doute de demander leur avis aux « flics » qui sont sur le terrain dans les unités de base et qui connaissent, eux, la problématique particulière de leurs secteurs.
Les flics de base ont sans doute autant de choses utiles à apporter au débat que la majorité des "spécialistes" invités à longueur de médias.
Le Figaro nous révèle également que dans les jours qui viennent, « Des mouvements importants à la tête de la police et de la gendarmerie seraient également envisagés. ».
C’est peut être l’occasion d’engager une autre dynamique que celle des chiffres, une politique novatrice celle-là, et qui prendra enfin en considération les acteurs de terrain, les actions qualitatives et l'efficacité réelle.
En matière de riposte en légitime défense, le choix des armes est aussi primoridal que la réponse donnée.
Sources : (cliquez pour lire)
13:29 Publié dans Police | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : police, gendarmerie, stupéfiants, délinquance, cambriolage, statistiques
18.08.2009
Les statistiques policières ou le principe de la pompe à vélo.
Je sais, ce titre semble délirant. C’est pourtant exactement ce que m’inspire la gestion des chiffres policiers en matière de faits élucidés.
J’explique. Prenez un adepte des salles de sport bodybuildé façon Philippe Lucas vu par les Guignols. Donnez lui une pompe à vélo et demandez lui de comprimer l’air le plus longtemps possible. Quelle que soit sa force, il finira par relâcher la pression et le niveau remontera…
L’article du jour du Figaro.fr, titré avec humour noir sans doute : « Après des années d’embellie, l’efficacité de la police marque le pas », est l’illustration flagrante de ce principe. Pourtant, on ne peut suspecter ce journal d’être politiquement très critique envers le gouvernement.
On apprend plein de choses à sa lecture qui je l’avoue m’a quelque peu surpris. Pas dans les faits énoncés, j’en parle dans les mêmes termes depuis maintenant des années, mais dans les aveux en filigrane sur les méthodes employées pour fournir de « bons » indicateurs à tout prix.
Les chiffres d’affaires élucidés subissent donc un ralentissement notable depuis trois mois. Je cite : « - 5 % en mai, - 5,5 % en juin et un timide + 0,81 % en juillet. ». et ce après 80 mois d’embellie, terme exact employé dans l’article.
Soit.
Voilà une des explications qui est avancée sous forme d’interrogation :
««Se peut-il que des esprits habiles aient délibérément levé le pied sur les affaires d'initiative pour masquer la hausse générale de la délinquance ?» interroge un expert en statistiques du ministère de l'Intérieur."
Un expert anonyme bien sûr. Là j’ai quand même un sursaut. Quoi ? Il y aurait donc des « traîtres » au Ministère de l’Intérieur ? Qui agiraient pour montrer que les pseudo-affaires dites d’initiative masqueraient en fait une hausse de la délinquance ?
Honnêtement, je n’y crois pas une seconde. Quelques trublions existent peut-être, mais maîtrisent ils assez de volumes de chiffres pour que cela représente une tendance sensible au niveau national ? Assurément non.
Voilà une déclaration d’expert (fantôme) qui me laisse songeur. Pour que cette thèse soit valide il faudrait soit un mouvement général des gardiens de la paix désobéissants à leurs instructions, soit une rébellion notable de chefs de service. Ces derniers étant intéressés financièrement et en terme de promotion à leurs résultats, cette hypothèse est pour le moins hasardeuse. La première aussi d’ailleurs. Au pire, peut-être, une inertie de la base mais encore faudrait-il réussir à la prouver…
La conspiration des tours de "passe-passe" et la faute, comme toujours, aux banlieues...
Ces tours de « passe-passe »pour trahir les chiffres seraient toutefois marginaux, d’après un Directeur Départemental« chevronné » de la Sécurité Publique. (Rien n’est dit au passage, sur les tours de « passe-passe » utilisés quotidiennement pour améliorer les chiffres…)
Je note également que ce DDSP, lui aussi témoigne de manière anonyme…Sans commentaire.
L’explication serait, toujours d’après ce commissaire de police la suivante : «En déshabillant certains services pour créer la police de quartier axée sur la lutte contre les violences urbaines, les policiers, déjà touchés par une baisse globale d'effectifs, se sont trouvés moins nombreux pour effectuer les classiques missions de contrôle des papiers et de fouille des poches»
Ceci expliquerait donc la baisse des affaires élucidées par la police.
Il y a dans cette petite phrase non assumée, puisque non signée, pas mal de choses à décrypter.
D’une part l’aveu en creux qu’il n’y a pas assez de policiers pour assurer toutes les missions sur l’ensemble du territoire, à l’heure ou la politique est à la poursuite de la baisse des effectifs…Nous en avons parlé hier.
D’autre part, cela serait les zones urbaines qui absorberaient avec les UTEQ trop de fonctionnaires au détriment des autres services qui donc ne pourraient plus faire leur travail correctement.
Abandonner une fois de plus les banlieues ? Dans quel but ?
Bon.
En gros les banlieues, appelons les choses par leur nom, auraient donc un impact sur le travail des policiers sur l’ensemble du territoire national. C’est quand même drôlement commode d’avoir toujours l’explication d’une cité qui traîne dans sa manche comme joker. J’imagine bien le Préfet de Corrèze expliquer que les chiffres de son département sont mauvais à cause de Clichy-sous-bois, par exemple, il aurait sans doute un franc succès…
De manière sous-jacente, il faudrait donc peut-être supprimer les services de proximité dans les zones urbaines ? C’est déjà ce qui était proposé hier, dans le même journal au sujet des effectifs de police :
Au nom d'Alliance, Jean-Claude Delage avance une idée visiblement partagée à l'UMP : «Dès 2010, il faudra geler la réduction des effectifs de la police.» Il va même plus loin : «Qu'on stoppe l'expérience des Uteq, le temps de l'évaluer», dit-il
Le message passe. En terme de communication on sait bien qu’il faut répéter, encore et encore, avec obstination, un principe pour qu’il soit considéré comme juste.
Abandonner une fois encore les banlieues ne montrerait qu’un manque de suivi dans la politique du gouvernement. Qu’il faille réformer le mode de travail des UTEQ est peut-être une réalité. Les dissoudre pour reverser les effectifs on ne sait où me semble pour le moins hasardeux. J’imagine assez bien les réactions des policiers affectés dans ces zones difficiles à l’annonce de l’arrêt de ce renfort… « On » voudrait laisser pourrir encore plus ces quartiers que l’on ne s’y prendrait pas autrement. Après tout, dans l’esprit de certains, une bonne émeute est toujours l’occasion de caricaturer les choses, donc de communiquer à l’emporte-pièce. C’est aussi occulter qu’à ces occasion des policiers et des gendarmes sont blessés. Je n’ose penser que « l’on » raisonne déjà en terme de sacrifices éventuels à offrir aux médias…
Le taux d'élucidation c'est privilégier "la fouille des poches" sur l'investigation.
Enfin, et pour finir, il y a dans cette phrase l’aveu le plus parlant sur les nouvelles méthodes d’évaluation de la performance policière en terme d’élucidation de faits.
Avant la réforme des corps et des carrières, un corps constitué d’inspecteurs, d’enquêteurs et de gardiens de la paix en civil travaillait sur l’élucidation des affaires. C'est-à-dire qu’il traitait les procédures contre inconnu(s) pour identifier les auteurs d’infraction. Un travail difficile, ingrat et coûteux en heures/fonctionnaires. En bref, pas rentable au vu des normes technocratiques mise en oeuvre, non depuis 2002, contrairement à certaines affirmations politiques, mais progressivement depuis les années 90. Tout au plus depuis 2002 est-ce devenu une norme, une vraie méthode.
Pour augmenter le nombre d’affaires élucidées, par effet mathématique, est privilégié aujourd’hui la course aux infractions simples. Simples détentions de stupéfiants, infractions à la législation sur les étrangers pour ne prendre que ces exemples. En donnant la priorité sur ces activités de contrôles sur les enquêtes, il est facile de résoudre automatiquement et sans perte de temps un grand nombre de faits. Parfois même (en matière de stup par exemple) plus de 100 %. La police n’est pas devenue plus efficace pour résoudre les plaintes contre X, elle les noie sous les résultats forcément bons des «classiques missions de contrôle des papiers et de fouille des poches».
CQFD du principe mathématique qui jusque là faisait ses preuves. Tellement qu'il est devenu en quelques années un "classique".
C’est juste oublier une mécanique que connaît en quelques mois le premier gardien de la paix venu qui travaille sur le terrain. A négliger les enquêtes judiciaires pour donner priorité aux contrôles sans grandes incidences pénales, la délinquance d’habitude s’installe dans une relative impunité. La machine tourne à vide, les contrôles, logiquement, donnent moins de résultats par simple érosion et les infractions contre inconnu(s) augmentent…
La tendance s’inverse alors, la force nécessaire à la compression ne suffit plus, la pompe à vélo se relâche…
Sources : (cliquez pour lire)
12:12 Publié dans Police | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : police, délinquance, statistiques, élucidation, hortefeux, ministère de l'intérieur
17.08.2009
La force publique: une espèce menacée ?
Aujourd’hui, le Figaro.fr évoque la drastique réduction des effectifs dans la Police Nationale.
Au-delà des discussions, les chiffres évoqués dans cet article parlent d’eux-mêmes. En 2007 Matignon envisageait 5000 suppressions de poste, dans les faits, en 2009, 3000 seraient déjà programmés. Les objectifs seraient de supprimer d’ici 2012 pas moins de 8 000 postes, soit environ 10% du nombre total de gardiens de la paix.
Dans le même temps, pour « nourrir » les compagnies de sécurisation en banlieue, les UTEQ et le Grand Paris, il faudrait créer environ 6000 nouveaux postes…
Un absurdité qui semble évidente et avec laquelle le nouveau Ministre de l’Intérieur doit se débattre.
De plus, la récente polémique sur le rétropédalage actif auquel a dû se livrer Monsieur Hortefeux en désavouant publiquement son administration centrale au sujet de l’annulation de la scolarité en septembre des « cadets de la République » cache en fait une réalité bien plus amère pour une partie des jeunes français qui avaient choisi de faire carrière dans la police nationale, le plus souvent par pure vocation.
Plus de 3000 lauréats de concours de police attendent leur intégration, certains depuis deux ans...
C’est ainsi, d’après les syndicats, 2 400 lauréats du concours de gardien de la paix qui seraient actuellement « sur la touche » et environ 700 adjoints de sécurité (ADS), eux aussi reçus aux examens qui seraient en attente d’intégration en école de police. Soit plus de trois mille jeunes qui ont fait confiance à l’Etat en choisissant de faire une carrière dans un service public exigeant et dont certains survivent aujourd’hui du RMI simplement en attendant une scolarité promise.
Voilà donc ainsi un paradoxe qui n’échappe à personne. La sécurité publique nécessite un renouvellement d’effectif, dont le potentiel est déjà pré recruté, mais que le Ministère de l’Intérieur n’a visiblement plus les moyens financiers d’intégrer.
Une situation budgétaire qui serait peut-être plus grave que ce que l’on peut en savoir. D’après ‘la lettreA.fr » en date du 31 juillet dernier, il manquait au ministère de l’Intérieur 83 millions d’€uros au mois de juillet pour assurer la paye du traitement de ses fonctionnaires.
Une information qui n’a pas été reprise dans la presse. Pour autant, cette situation budgétaire était la cause officiellement mise en avant pour suspendre l’intégration des cadets de la République. Et Monsieur Hortefeux, lors de son désaveu de cette mesure, dans le figaro du 13 août, n’a pas eu un mot sur la réalité du budget de son ministère, ce qui était sans doute l’interrogation principale qu’aurait dû lui poser les journalistes à cette occasion.
Au-delà de la question légitime sur la santé financière de la sécurité intérieure plusieurs problématiques en découlent.
Comment, à l’heure des économies drastiques commandées par la Révision générale des politiques publiques (RGPP) continuer à assurer la charge financière du personnel dans ce ministère ?
C’est tout de même près de 80 % de l’enveloppe totale si l’on en juge les chiffres du Projet Annuel de Performance 2008, demandant 13 461 807 926 € pour les dépenses de personnels pour un budget total de fonctionnement de 15 911 068 530 €uros…
Dans les services, l’heure est depuis longtemps aux économies de tous poils, les acteurs au quotidien de la sécurité publique s’en rendent compte jusqu’à l’absurdité au jour le jour.
La question de l’éventualité d’une privatisation, à terme, d’une partie des tâches dévolues de manière régalienne à l’Etat est également sur toutes les lèvres de ceux qui suivent cette évolution de près.
D’autant que Monsieur Wauquiez, secrétaire d’Etat à l’emploi prévoyait, dans le Figaro du 16/12/08 le recrutement d’ici 2015 de 100 000 nouveaux agents de sécurité privés. Un chiffre qui porterait l’effectif total de cette profession à 260 000 agents, soit une population supérieure à celle actuelle des agents actifs de l’Etat, Police et Gendarmerie confondues !
Une prévision qui ne correspond pas au dynamisme de ce secteur, sauf peut-être à envisager un glissement de tâches de l’Etat vers le secteur privé…
Monsieur le Président de la République lui-même, dans la préface du livre blanc « La participation de la sécurité privée à la sécurité générale en Europe », mi décembre 2008, évoquait « un esprit de coproduction ».
Quelles missions de sécurité publique risquent-elles d'être privatisées ?
La récurrence des problèmes de budget du Ministère de l’Intérieur, la réduction qui semble inéluctable des effectifs de la sécurité publique mais aussi de la Gendarmerie Nationale, la fermeture de 8 centres de formation de la police nationale depuis début 2009, l’évident besoin en effectifs et en recrutement de la sécurité intérieure, liés avec la volonté gouvernementale d’économie et de coproduction avec la sécurité privée pose de nombreuses questions qui touchent aux principes fondamentaux de la protection des citoyens en France.
Quelles sont les tâches qui risquent d’être privatisées ? Comment et avec quels acteurs ? Et surtout, avec quelles garanties et quel encadrement de l’Etat ?
Les acteurs de terrain, chaque jour, sont confrontés à l’esprit d’économie des chefs de service qui sont également jugés sur la rigueur de leur gestion. Une rigueur qui est un des indicateurs des primes parfois très importantes qu’ils perçoivent en fin d’année, en plus des chiffres de lutte contre la délinquance qui doivent être forcément bons.
Même si l’un ne compenserait pas l’autre, reste t’il décent de verser de telles primes à des fonctionnaires qui finalement ne font qu’exécuter les instructions de l’Etat, c'est-à-dire honorer leur service, alors qu’une génération entière de jeunes flics, la vocation vrillée au corps, attend dans la précarité que les places en école qui leur sont dues soient simplement ouvertes ?
Un cadre de la Direction Générale de la Police Nationale me confiait l’an passé : « Avec la RGPP nous avons ouvert la boîte à gifles. ».
Voilà sans doute un nouveau dossier de violences policières, auto administrées celles là, duquel Monsieur Hortefeux va devoir se sortir dans les mois et les années qui viennent.
Reste à savoir comment….
Marc Louboutin.
Sources :(cliquez pour lire)
10:49 Publié dans Police | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : police, sécurité publique, ministère de l'intérieur, hortefeux










