26.08.2009
« Anti-flics » : Parce qu’un policier averti en vaut deux !
Porter un tee-shirt, ou un vêtement quelconque marqué de la mention tout à fait lisible « anti-flics » est-ce utiliser sa liberté d’expression ?
J’avoue que je ne possède pas d’avis tranché sur la question. Pour l’heure, je n’ai pas vu un seul porteur de ce genre de vêtement dans ma petite ville de Seine Saint Denis.
Pourtant chaque jour, j’en vois d’autre. Marqué fièrement « Caillera » ou « Racaille 93 ».
Lorsque l’on sait que le terme « racaille » désigne non pas un habitant de banlieue mais un délinquant d’habitude plutôt violent, cela me laisse songeur.
Je ne sais pas s’il est plus préoccupant de s’afficher « anti-flics » ou délibérément comme délinquant…
J’en ai discuté autour de moi avant de rédiger cet article. Avec des simples citoyens et avec des policiers. Les avis sont partagés. Certains trouvent cela scandaleux, d’autres pensent qu’il ne s’agit là que d’exprimer librement une opinion. Certains trouvent que le débat à ce sujet est inutile.
Soit.
Ces tee-shirts sont vendus sur le site Internet d’un fabriquant allemand qui offre la possibilité de franchise personnelle. C'est-à-dire, pour faire simple, que si vous voulez offrir à la vente des vêtements dont vous avez inventé le motif, vous pouvez librement ouvrir une boutique, la société Spreadshirt s’occupe de tout, de l’impression et de la livraison. Le principe est donc extrêmement simple.
On peut y commander aussi bien une veste à capuche, « classique » du streetwear banlieusard, qu’un petit débardeur féminin à arracher furieusement si le sujet vous excite assez, en passant par le mug qui rappelle les fondamentaux de la lutte dès le petit déjeuner ou la casquette commode pour éviter d’être identifié par une caméra vidéo en laissant aux opérateurs un message lisible…
Pour autant, ce commerce n’est pas anonyme, vous devez fournir votre nom, une vraie adresse postale (qui apparaît sur votre boutique personnelle) et vos coordonnées bancaires pour les rétrocessions sur les ventes.
Je suis plus dubitatif sur la justification du marketing. La base-line de cette boutique, c'est-à-dire sa présentation sur Internet, c’est : « Gamme vestimentaire et accessoires contre la police. ».
Pourquoi pas…
L’argumentaire de vente est celui-là, en page d’accueil de ce magasin virtuel : « Osez afficher fièrement et en toute légalité ce que tout le monde pense tout bas. La démocratie c'est la liberté d'expression quelle qu'elle soi, et un flic averti en vaut deux. »
Je ne suis pas assez pointu en Droit pour savoir si de tels slogans sont légaux ou pas. Au passage, l’avis d’un juriste à ce sujet serait utile au débat.

S’afficher ainsi « Anti-flics » est-il constitutif d’un outrage à agent de la force publique ? Je n’en suis pas si certain…
La mention « Un flic averti en vaut deux », à double tranchant, me fait sourire.
Un agent de la force publique doit il, face à un tel porteur de slogan, prendre peur ou plutôt lui accorder une attention toute particulière lors d’un contrôle ?
J’entends déjà certain me dire que parler de ce site de vente en ligne, c’est lui faire une publicité qu’il ne mérite pas. C’est sans doute vrai. Mais je préfère aborder le problème de front que de le laisser au fond du tiroir, d’autant que c’est un lecteur de ce blog, policier, qui m’a soumis ce sujet.
Finalement, la contre-mesure, dans le domaine de l’expression, serait peut-être de proposer à la vente des tee-shirts « Anti-Racaille ». Avec près de 280 000 fonctionnaires, policiers nationaux et municipaux et militaires de la Gendarmerie en France, voilà un marché potentiel qui me semble prometteur. Sans compter les sympathisants des forces de l’ordre…
Après tout, il suffirait de créer une boutique « Pro-flics » et de réfléchir un peu à des motifs et slogans…Peut-être même qu’un jour Monsieur Sarkozy ira faire son footing en portant un tel motif plutôt que celui de la Police de New-York ? Une publicité en or !
La liberté d’expression, c’est peut être cela tout simplement. Opposer calmement aux opinions les plus extrêmes une réponse sensée et concrète. Sauf que je ne doute pas une seconde que si les policiers, en civil, se mettaient à porter de tels motifs, la presse et certains milieux « intellectuels », à ce moment là, hurleraient à la provocation, au manque de retenue et de neutralité auxquels sont astreint les forces de l’ordre…
Finalement, si ce billet augmente la population de porteurs de tee-shirts « anti-flics », en multipliant les policiers avertis par deux, cela contribuera par l’absurde à régler virtuellement les problèmes d’effectifs au Ministère de l’Intérieur….
Ps : Merci à Thomas G pour l'information.
Bonus du débat : Et vous, quels sont les slogans les plus engagés, dans ce domaine, que vous avez pu lire sur des vêtements ?
La boutique anti-flics : http://antiflics.spreadshirt.net/fr/FR/Shop/Index/index
10:49 | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : police, gendarmerie, anti-flics, liberté d'expression
19.08.2009
Brice Hortefeux riposte. En légitime défense ?
Le Ministre de l’Intérieur ne pouvait laisser les polémiques s’installer sur l’efficacité réelle de la Police et de la Gendarmerie après la publication de chiffres, parfois pas très bons, concernant l’activité judiciaire des forces de l’ordre.
Donc il « riposte » terme employé dans le titre de l’article du Figaro qui est consacré aux mesures qu’il va prendre, hier dans la soirée. Hors, en matière de riposte, la question est toujours de savoir si la légitime défense s’applique, sauf à un retour de bâton. Le premier policier venu connaît le principe.
D’abord emploi de la méthode dite « scolaire », un grand classique au Ministère de l’Intérieur quelle que soit la couleur du gouvernement.
Monsieur Hortefeux va commencer par réunir le 1er septembre les Directeurs Départementaux de la Sécurité Publique et leurs homologues Commandants de Groupements de la Gendarmerie. Son but : « «Je leur fixerai, poursuit-il, des objectifs précis de baisse de la délinquance. Il faudra mettre un coup de collier contre les cambriolages»
Ces derniers étant en hausse de 12 %, l’argumentation semble justifiée. Sauf que comme nous en parlions hier, cela nécessite de relancer l’investigation dans une période ou l’activité « classique » pour faire du chiffre, se sont les contrôles systématiques. En matière de vols dans les domiciles, les opérations de ce genre sur la voie publique sont d’une faible incidence. Vu le potentiel en personnel des commissariats, je ne sais pas si cela va être possible. Identifier les auteurs de cambriolages, qui souvent commettent ces délits en série, n’est le plus souvent possible qu’avec une réelle et efficace activité de synthèse, à la fois locale et globale, qui est ingrate à moyen terme, même si son efficacité est prouvée. Autant dire que les résultats risquent de ne pas être immédiats, ce qui serait tout à fait normal.
Autre « grand messe », comme on dit dans le jargon, la convocation de vingt Préfets, les dix meilleurs et les dix moins performants pour confronter les méthodes. Soit. Je ne sais pas si la méthode est pertinente. Monsieur Sarkozy, lorsqu’il était à l’Intérieur, était partisan de ces mises en confrontations parfois « sportives ». Si c’est dans un but de pédagogie active sur l’activité de terrain, pourquoi pas. Si c’est pour apprendre aux « mauvais élèves » comment présenter de forcément bons chiffres, cela n’aura aucune incidence sur la réalité des faits.
Le problème de Monsieur Hortefeux, finalement, c’est de réussir à s’extirper de la dynamique des chiffres produits à la façon « grande distribution ». La méthode s’essouffle, elle commence à être parfaitement identifiée et démontrée par les spécialistes de la question. Le Ministre de l’Intérieur le sait parfaitement : il doit réussir à s’échapper vite de cette impasse…
Au passage, j’en profite pour relever une déclaration politique, Monsieur Hortefeux étant un pilier de l’UMP c’est un peu normal, qui est tout de même de mauvaise foi.
Je cite la déclaration reprise à la fois dans le Parisien et le Figaro : « constatant que le taux d'élucidation des affaires "avoisine désormais les 38 %", le ministre rappelle que "sous les socialistes (avant 2002) ce taux était inférieur à 25 %, ce qui signifie que trois délinquants sur quatre échappaient alors" à la justice. »
Là encore, aujourd’hui, nul n’ignore que cette « efficacité » n’est produite que par le déversement statistique massif de la multiplication des infractions révélées automatiquement par les forces de l’ordre lors des contrôles systématiques dans la colonne des plaintes contre inconnu(s). Pour connaître le taux réel d’élucidation, il faudrait mesurer objectivement le taux d’identification d’auteurs suite aux plaintes contre X. Là, je ne suis pas certains que les résultats soient si meilleurs qu’avant 2002…
Je précise que mon opinion n’est pas politique, j’ai quitté la police sous un gouvernement socialiste, entre autre parce que la politique suivie en matière de délinquance me semblait aberrante. Je ne suis pas certain que cela ait beaucoup changé depuis.
Non, le ministre de l'Intérieur n'est pas le "premier flic de France" !
Enfin, je lis une fois de plus un terme qualifiant le Minsitre de l’Intérieur de « Premier flic de France », dans le Figaro qui adore cette appellation. A chaque fois je bondis. Non, le Ministre de l’Intérieur, qu’il soit Monsieur Hortefeux, Monsieur Sarkozy ou Monsieur Chevènement, n’est pas le « Premier flic de France. » ! C’est le responsable politique qui dirige l’action du Ministère et c’est une grosse responsabilité. Mais flic, c’est un boulot, une vocation, un métier qui se fait principalement dans la rue. Je fais déjà une différence entre un « flic » et un « fonctionnaire de police ». Nous y reviendrons un peu plus bas. Est-ce que le Figaro oserait qualifier le ministre de l'Agriculture, Bruno Le Maire, de « premier paysan de France ». Assurément non, cela serait ridicule. Pourtant c’est exactement la même chose..
Et pour un « flic », il y a une autre chose étonnante qui transparaît dans l’article sur la « riposte » de Monsieur Hortefeux. Je cite le Figaro d’hier: «… dès mercredi, Brice Hortefeux se rendra à Perpignan pour encourager l'action de ses services dans la lutte contre la drogue. «Je revendique la transparence et l'honnêteté des chiffres», affirme-t-il »
La transparence en matière de lutte contre les stupéfiants n’existe pas et n’a jamais existé depuis des années. Les chiffres sont bons (environ 100 000 interpellations pas an) mais les quantités présentes dans le trafic réel explosent de matière exponentielle et depuis longtemps maintenant. De plus le quota de réelles poursuites judiciaires est d’une faiblesse à pleurer. Ce qui est normal lorsque l’on sait que la majorité des interpellations représente une simple détention, parfois juste quelques grammes…
La vraie transparence serait sans doute que Monsieur le Ministre demande à l’Observatoire National de la Délinquance d’effectuer une étude qualitative précise sur ce que représentent réellement ces chiffres. Je ne vais pas jusqu’à demander la publication d’une telle étude qui défrayerait sans doute la chronique politique, mais au moins le Ministère se ferait une idée concrète de l’activité globale et de sa pertinence au niveau national dans ce domaine. J’ai même idée que de telles conclusions sont déjà disponibles sur le bureau de Monsieur Hortefeux….
Je ne dis pas que la Police ne travaille pas dans le domaine, mais ce n’est sûrement pas la priorité nationale que cela devrait être. Les groupes spécialisés sont débordés face au raz de marée, les bras ouverts pour arrêter un Tsunami de trafics d’à peu près tous les produits stupéfiants. Mais dans les services de base, l’heure n’est pas à l’investissement dans ce domaine, les consignes sont claires : Ramener le maximum de simples détentions pour gonfler les chiffres, le reste n’est pas rentable en matière « d’efficience », c'est-à-dire de rapport heures-fonctionnaires/affaires élucidées…
La lutte contre les stupéfiants, je pourrais en écrire des pages, cela a été mon travail durant des années.
J’ai eu la chance de faire partie de cette génération d’inspecteurs de police dont le plaisir presque hebdomadaire, dans les années 80 était d’aller acheter de la drogue aux dealers, parfois en grandes quantités en infiltrant leurs réseaux.
Et je n’étais pas affecté dans un groupe spécialisé, mais dans un simple commissariat de quartier, puis dans une Unité de recherches à la 4ème DPJ,qui regroupait à l’époque les 12ème, 11ème et 20ème arrondissements.
Cela posait également quelques problèmes « déontologiques ». Des réalisateurs comme Olivier Marchal en parlent à longueur de films. L’époque était à la lutte contre l’héroïne, présente en masse, avec tous les problèmes sanitaires que cela impliquait, de la multiplication des overdoses à la propagation du sida…Nous avions donc quasiment "carte blanche". Parfois à nos risques et périls...
N’en reste pas moins que cette politique, même risquée et dont on pourrait affiner les limites, a fini par payer.
J’ai ensuite organisé des « coups d’achats » en Savoie, avec la PJ locale, puis me suis occupé d’un groupe stup à Quimper.
Dans cette ville moyenne, treize ans plus tard, je suis toujours détenteur du record de saisie du service. Je ne dis pas cela pour me faire mousser, mais pour montrer comment en matière de statistiques de lutte contre les trafics de stupéfiants l’administration fonctionne.
Démonstration (je rappelle que nous sommes en 1995, rien n'a changé dans les faits depuis me semble t-il) :
Ce groupe stup, qui pourtant fonctionnait à plein régime a été dissout en moins de trois semaines. Les raisons invoquées par mon Chef de Service : les enquêtes mobilisaient trop de personnel et trop longtemps (une enquête de trafic, par enchaîment des GAV peut durer une semaine et ce nuit et jour...) et « Paris » s’inquiétait du fait que dans les indicateurs de performance Quimper était devenu en un mois une « zone rouge » du fait de l’importance des réseaux identifiés ».
Donc : arrêt du travail sur les trafiquants et maintien de l’activité de routine qui maintient les courbes dans la bonne direction…
Faire du chiffre en la matière est effet simple, et ne nécessite pas de travailler sur les réseaux.
Un trafic, c’est comme une grande pyramide constituée d’un amoncellement de petits triangles. Tout en haut, le fournisseur. La ligne de base se sont les consommateurs. Entre les deux des réseaux intermédiaires.
Travailler en priorité sur les deux derniers échelons de la base permet d’assurer « du chiffre », de justifier d’une activité en nombre au niveau national, de réaliser des affaires de « trafics mineurs », mais par contre, n’empêche en rien l’écoulement des produits, sauf l’activité forcenée des « groupes spécialisés » ou l’émergence d’affaires d’importance de manière presque involontaire puisqu’il est fréquent aujourd’hui de trouver des quantités notables de drogue, même dans des opérations de routine tant la situation est devenue préoccupante…
Alors, la transparence, outre la nécessité d’une réelle étude sur l’activité nationale, c’est aussi sans doute de demander leur avis aux « flics » qui sont sur le terrain dans les unités de base et qui connaissent, eux, la problématique particulière de leurs secteurs.
Les flics de base ont sans doute autant de choses utiles à apporter au débat que la majorité des "spécialistes" invités à longueur de médias.
Le Figaro nous révèle également que dans les jours qui viennent, « Des mouvements importants à la tête de la police et de la gendarmerie seraient également envisagés. ».
C’est peut être l’occasion d’engager une autre dynamique que celle des chiffres, une politique novatrice celle-là, et qui prendra enfin en considération les acteurs de terrain, les actions qualitatives et l'efficacité réelle.
En matière de riposte en légitime défense, le choix des armes est aussi primoridal que la réponse donnée.
Sources : (cliquez pour lire)
13:29 Publié dans Police | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : police, gendarmerie, stupéfiants, délinquance, cambriolage, statistiques
15.08.2009
Ouverture bientôt de la salle de repos
Bonjour à ceux qui passeraient par ici.
Ce blog ouvrira ses portes dans quelques jours, avant la fin août.
Quelques réglages sont à mettre en place et la chaudière reste à régler pour que le navire avance (presque) tout seul à sa vitesse de croisière.
Le suivi de l'actualité est déjà organisé, principalement avec la presse francophone. Il ne s'agira pas d'une compilation de faits divers, pour cela d'autres sites existent déjà, mais de rebondir sur l'actualité judiciaire et administrative pour montrer que la presse généraliste, en France, met en exergue principalement ce qui fait polémique en occultant une bonne partie du travail de police et de sécurité.
A travers ces faits, nous donnerons la parole à tous ceux qui se sentent concernés sur l'ensemble de l'héxagone. Parce que oui, il y a aussi des dealers en dehors des banlieues, pour ne prendre que cet exemple, et les policiers et gendarmes ne travaillent pas que dans les grandes zones urbaines qui font les couvertures des médias.
En attendant que la peinture de la salle de repos, lieu traditionnel de discussions dans les commissariats, soit sèche, je vous laisse l'opportunité de vous inscrire à la newsletter pour être averti de l'ouverture prochaine de ce lieu, ou d'envoyer vos suggestions de débats ou de billets si vous le souhaitez, qui que vous soyez, fonctionnaires d'autorité ou pas. La sécurité publique, c'est l'affaire de tous.
Concernant les policiers et gendarmes, si vous pouvez nous faire parvenir des photos anonymes d'illustration, de matériel, de véhicules ou de parties d'uniformes identifiables, cela nous permettra d'illustrer les billets de façon générique sans avoir le recours au pillage d'images sur Internet.
Voilà, tout est dit, l'équipe vous souhaite une bonne fin de mois d'août en vous donnant le plus vite possible rendez-vous ici.
En attendant ce jour, quelques tests de mise en ligne seront effectués.
12:23 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : police, gendarmerie, sécurité, ministère de l'intérieur










