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18.08.2009

Les statistiques policières ou le principe de la pompe à vélo.

brassard.PNGJe sais, ce titre semble délirant. C’est pourtant exactement ce que m’inspire la gestion des chiffres policiers en matière de faits élucidés.

J’explique. Prenez un adepte des salles de sport bodybuildé façon Philippe Lucas vu par les Guignols. Donnez lui une pompe à vélo et demandez lui de comprimer l’air le plus longtemps possible. Quelle que soit sa force, il finira par relâcher la pression et le niveau remontera…

 

L’article du jour du Figaro.fr, titré avec humour noir sans doute : « Après des années d’embellie, l’efficacité de la police marque le pas », est l’illustration flagrante de ce principe. Pourtant, on ne peut suspecter ce journal d’être politiquement très critique envers le gouvernement.

 

On apprend plein de choses à sa lecture qui je l’avoue m’a quelque peu surpris. Pas dans les faits énoncés, j’en parle dans les mêmes termes depuis maintenant des années, mais dans les aveux en filigrane sur les méthodes employées pour fournir de « bons » indicateurs à tout prix.

 

Les chiffres d’affaires élucidés subissent donc un ralentissement notable depuis trois mois. Je cite : «  - 5 % en mai, - 5,5 % en juin et un timide + 0,81 % en juillet. ». et ce après 80 mois d’embellie, terme exact employé dans l’article.

Soit.

 

Voilà une des explications qui est avancée sous forme d’interrogation :

««Se peut-il que des esprits habiles aient délibérément levé le pied sur les affaires d'initiative pour masquer la hausse générale de la délinquance ?» interroge un expert en statistiques du ministère de l'Intérieur."

 

Un expert anonyme bien sûr. Là j’ai quand même un sursaut. Quoi ? Il y aurait donc des « traîtres » au Ministère de l’Intérieur ? Qui agiraient pour montrer que les pseudo-affaires dites d’initiative masqueraient en fait une hausse de la délinquance ?

 

Honnêtement, je n’y crois pas une seconde. Quelques trublions existent peut-être, mais maîtrisent ils assez de volumes de chiffres pour que cela représente une tendance sensible au niveau national ? Assurément non.

Voilà une déclaration d’expert (fantôme) qui me laisse songeur. Pour que cette thèse soit valide il faudrait soit un mouvement général des gardiens de la paix désobéissants à leurs instructions, soit une rébellion notable de chefs de service. Ces derniers étant intéressés financièrement et en terme de promotion à leurs résultats, cette hypothèse est pour le moins hasardeuse. La première aussi d’ailleurs. Au pire, peut-être, une inertie de la base mais encore faudrait-il réussir à la prouver…

 

La conspiration des tours de "passe-passe" et la faute, comme toujours, aux banlieues...

 

Ces tours de « passe-passe »pour trahir les chiffres seraient toutefois marginaux, d’après un Directeur Départemental« chevronné » de la Sécurité Publique. (Rien n’est dit au passage, sur les tours de « passe-passe » utilisés quotidiennement pour améliorer les chiffres…)

 

Je note également que ce DDSP, lui aussi témoigne de manière anonyme…Sans commentaire.

 

L’explication serait, toujours d’après ce commissaire de police la suivante : «En déshabillant certains services pour créer la police de quartier axée sur la lutte contre les violences urbaines, les policiers, déjà touchés par une baisse globale d'effectifs, se sont trouvés moins nombreux pour effectuer les classiques missions de contrôle des papiers et de fouille des poches»

Ceci expliquerait donc la baisse des affaires élucidées par la police.

Il y a dans cette petite phrase non assumée, puisque non signée, pas mal de choses à décrypter.

D’une part l’aveu en creux qu’il n’y a pas assez de policiers pour assurer toutes les missions sur l’ensemble du territoire, à l’heure ou la politique est à la poursuite de la baisse des effectifs…Nous en avons parlé hier.

D’autre part, cela serait les zones urbaines qui absorberaient avec les UTEQ trop de fonctionnaires au détriment des autres services qui donc ne pourraient plus faire leur travail correctement.

 

Abandonner une fois de plus les banlieues ? Dans quel but ?

 

Bon.

En gros les banlieues, appelons les choses par leur nom, auraient donc un impact sur le travail des policiers sur l’ensemble du territoire national. C’est quand même drôlement commode d’avoir toujours l’explication d’une cité qui traîne dans sa manche comme joker. J’imagine bien le Préfet de Corrèze expliquer que les chiffres de son département sont mauvais à cause de Clichy-sous-bois, par exemple, il aurait sans doute un franc succès…

De manière sous-jacente, il faudrait donc peut-être supprimer les services de proximité dans les zones urbaines ? C’est déjà ce qui était proposé hier, dans le même journal au sujet des effectifs de police :

Au nom d'Alliance, Jean-Claude Delage avance une idée visiblement partagée à l'UMP : «Dès 2010, il faudra geler la réduction des effectifs de la ­police.» Il va même plus loin : «Qu'on stoppe l'expérience des Uteq, le temps de l'évaluer», dit-il

 

Le message passe. En terme de communication on sait bien qu’il faut répéter, encore et encore, avec obstination, un principe pour qu’il soit considéré comme juste.

 

Abandonner une fois encore les banlieues ne montrerait qu’un manque de suivi dans la politique du gouvernement. Qu’il faille réformer le mode de travail des UTEQ est peut-être une réalité. Les dissoudre pour reverser les effectifs on ne sait où me semble pour le moins hasardeux. J’imagine assez bien les réactions des policiers affectés dans ces zones difficiles à l’annonce de l’arrêt de ce renfort… « On » voudrait laisser pourrir encore plus ces quartiers que l’on ne s’y prendrait pas autrement. Après tout, dans l’esprit de certains, une bonne émeute est toujours l’occasion de caricaturer les choses, donc de communiquer à l’emporte-pièce. C’est aussi occulter qu’à ces occasion des policiers et des gendarmes sont blessés. Je n’ose penser que « l’on » raisonne déjà en terme de sacrifices éventuels à offrir aux médias…

 

Le taux d'élucidation c'est privilégier "la fouille des poches" sur l'investigation.

 

Enfin, et pour finir, il y a dans cette phrase l’aveu le plus parlant sur les nouvelles méthodes d’évaluation de la performance policière en terme d’élucidation de faits.

 

Avant la réforme des corps et des carrières, un corps constitué d’inspecteurs, d’enquêteurs et de gardiens de la paix en civil travaillait sur l’élucidation des affaires. C'est-à-dire qu’il traitait les procédures contre inconnu(s) pour identifier les auteurs d’infraction. Un travail difficile, ingrat et coûteux en heures/fonctionnaires. En bref, pas rentable au vu des normes technocratiques mise en oeuvre, non depuis 2002, contrairement à certaines affirmations politiques, mais progressivement depuis les années 90. Tout au plus depuis 2002 est-ce devenu une norme, une vraie méthode.

 

Pour augmenter le nombre d’affaires élucidées, par effet mathématique, est privilégié aujourd’hui la course aux infractions simples. Simples détentions de stupéfiants, infractions à la législation sur les étrangers pour ne prendre que ces exemples. En donnant la priorité sur ces activités de contrôles sur les enquêtes, il est facile de résoudre automatiquement et sans perte de temps un grand nombre de faits. Parfois même (en matière de stup par exemple) plus de 100 %. La police n’est pas devenue plus efficace pour résoudre les plaintes contre X, elle les noie sous les résultats forcément bons des «classiques missions de contrôle des papiers et de fouille des poches».

 

CQFD du principe mathématique qui jusque là faisait ses preuves. Tellement qu'il est devenu en quelques années un "classique".

 

C’est juste oublier une mécanique que connaît en quelques mois le premier gardien de la paix venu qui travaille sur le terrain. A négliger les enquêtes judiciaires pour donner priorité aux contrôles sans grandes incidences pénales, la délinquance d’habitude s’installe dans une relative impunité. La machine tourne à vide, les contrôles, logiquement, donnent moins de résultats par simple érosion et les infractions contre inconnu(s) augmentent…

 

La tendance s’inverse alors, la force nécessaire à la compression ne suffit plus, la pompe à vélo se relâche…

 

Sources : (cliquez pour lire)

Le Figaro du 18 août 2009.

Le Figaro du 17 août 2009.


 
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