19.08.2009
Brice Hortefeux riposte. En légitime défense ?
Le Ministre de l’Intérieur ne pouvait laisser les polémiques s’installer sur l’efficacité réelle de la Police et de la Gendarmerie après la publication de chiffres, parfois pas très bons, concernant l’activité judiciaire des forces de l’ordre.
Donc il « riposte » terme employé dans le titre de l’article du Figaro qui est consacré aux mesures qu’il va prendre, hier dans la soirée. Hors, en matière de riposte, la question est toujours de savoir si la légitime défense s’applique, sauf à un retour de bâton. Le premier policier venu connaît le principe.
D’abord emploi de la méthode dite « scolaire », un grand classique au Ministère de l’Intérieur quelle que soit la couleur du gouvernement.
Monsieur Hortefeux va commencer par réunir le 1er septembre les Directeurs Départementaux de la Sécurité Publique et leurs homologues Commandants de Groupements de la Gendarmerie. Son but : « «Je leur fixerai, poursuit-il, des objectifs précis de baisse de la délinquance. Il faudra mettre un coup de collier contre les cambriolages»
Ces derniers étant en hausse de 12 %, l’argumentation semble justifiée. Sauf que comme nous en parlions hier, cela nécessite de relancer l’investigation dans une période ou l’activité « classique » pour faire du chiffre, se sont les contrôles systématiques. En matière de vols dans les domiciles, les opérations de ce genre sur la voie publique sont d’une faible incidence. Vu le potentiel en personnel des commissariats, je ne sais pas si cela va être possible. Identifier les auteurs de cambriolages, qui souvent commettent ces délits en série, n’est le plus souvent possible qu’avec une réelle et efficace activité de synthèse, à la fois locale et globale, qui est ingrate à moyen terme, même si son efficacité est prouvée. Autant dire que les résultats risquent de ne pas être immédiats, ce qui serait tout à fait normal.
Autre « grand messe », comme on dit dans le jargon, la convocation de vingt Préfets, les dix meilleurs et les dix moins performants pour confronter les méthodes. Soit. Je ne sais pas si la méthode est pertinente. Monsieur Sarkozy, lorsqu’il était à l’Intérieur, était partisan de ces mises en confrontations parfois « sportives ». Si c’est dans un but de pédagogie active sur l’activité de terrain, pourquoi pas. Si c’est pour apprendre aux « mauvais élèves » comment présenter de forcément bons chiffres, cela n’aura aucune incidence sur la réalité des faits.
Le problème de Monsieur Hortefeux, finalement, c’est de réussir à s’extirper de la dynamique des chiffres produits à la façon « grande distribution ». La méthode s’essouffle, elle commence à être parfaitement identifiée et démontrée par les spécialistes de la question. Le Ministre de l’Intérieur le sait parfaitement : il doit réussir à s’échapper vite de cette impasse…
Au passage, j’en profite pour relever une déclaration politique, Monsieur Hortefeux étant un pilier de l’UMP c’est un peu normal, qui est tout de même de mauvaise foi.
Je cite la déclaration reprise à la fois dans le Parisien et le Figaro : « constatant que le taux d'élucidation des affaires "avoisine désormais les 38 %", le ministre rappelle que "sous les socialistes (avant 2002) ce taux était inférieur à 25 %, ce qui signifie que trois délinquants sur quatre échappaient alors" à la justice. »
Là encore, aujourd’hui, nul n’ignore que cette « efficacité » n’est produite que par le déversement statistique massif de la multiplication des infractions révélées automatiquement par les forces de l’ordre lors des contrôles systématiques dans la colonne des plaintes contre inconnu(s). Pour connaître le taux réel d’élucidation, il faudrait mesurer objectivement le taux d’identification d’auteurs suite aux plaintes contre X. Là, je ne suis pas certains que les résultats soient si meilleurs qu’avant 2002…
Je précise que mon opinion n’est pas politique, j’ai quitté la police sous un gouvernement socialiste, entre autre parce que la politique suivie en matière de délinquance me semblait aberrante. Je ne suis pas certain que cela ait beaucoup changé depuis.
Non, le ministre de l'Intérieur n'est pas le "premier flic de France" !
Enfin, je lis une fois de plus un terme qualifiant le Minsitre de l’Intérieur de « Premier flic de France », dans le Figaro qui adore cette appellation. A chaque fois je bondis. Non, le Ministre de l’Intérieur, qu’il soit Monsieur Hortefeux, Monsieur Sarkozy ou Monsieur Chevènement, n’est pas le « Premier flic de France. » ! C’est le responsable politique qui dirige l’action du Ministère et c’est une grosse responsabilité. Mais flic, c’est un boulot, une vocation, un métier qui se fait principalement dans la rue. Je fais déjà une différence entre un « flic » et un « fonctionnaire de police ». Nous y reviendrons un peu plus bas. Est-ce que le Figaro oserait qualifier le ministre de l'Agriculture, Bruno Le Maire, de « premier paysan de France ». Assurément non, cela serait ridicule. Pourtant c’est exactement la même chose..
Et pour un « flic », il y a une autre chose étonnante qui transparaît dans l’article sur la « riposte » de Monsieur Hortefeux. Je cite le Figaro d’hier: «… dès mercredi, Brice Hortefeux se rendra à Perpignan pour encourager l'action de ses services dans la lutte contre la drogue. «Je revendique la transparence et l'honnêteté des chiffres», affirme-t-il »
La transparence en matière de lutte contre les stupéfiants n’existe pas et n’a jamais existé depuis des années. Les chiffres sont bons (environ 100 000 interpellations pas an) mais les quantités présentes dans le trafic réel explosent de matière exponentielle et depuis longtemps maintenant. De plus le quota de réelles poursuites judiciaires est d’une faiblesse à pleurer. Ce qui est normal lorsque l’on sait que la majorité des interpellations représente une simple détention, parfois juste quelques grammes…
La vraie transparence serait sans doute que Monsieur le Ministre demande à l’Observatoire National de la Délinquance d’effectuer une étude qualitative précise sur ce que représentent réellement ces chiffres. Je ne vais pas jusqu’à demander la publication d’une telle étude qui défrayerait sans doute la chronique politique, mais au moins le Ministère se ferait une idée concrète de l’activité globale et de sa pertinence au niveau national dans ce domaine. J’ai même idée que de telles conclusions sont déjà disponibles sur le bureau de Monsieur Hortefeux….
Je ne dis pas que la Police ne travaille pas dans le domaine, mais ce n’est sûrement pas la priorité nationale que cela devrait être. Les groupes spécialisés sont débordés face au raz de marée, les bras ouverts pour arrêter un Tsunami de trafics d’à peu près tous les produits stupéfiants. Mais dans les services de base, l’heure n’est pas à l’investissement dans ce domaine, les consignes sont claires : Ramener le maximum de simples détentions pour gonfler les chiffres, le reste n’est pas rentable en matière « d’efficience », c'est-à-dire de rapport heures-fonctionnaires/affaires élucidées…
La lutte contre les stupéfiants, je pourrais en écrire des pages, cela a été mon travail durant des années.
J’ai eu la chance de faire partie de cette génération d’inspecteurs de police dont le plaisir presque hebdomadaire, dans les années 80 était d’aller acheter de la drogue aux dealers, parfois en grandes quantités en infiltrant leurs réseaux.
Et je n’étais pas affecté dans un groupe spécialisé, mais dans un simple commissariat de quartier, puis dans une Unité de recherches à la 4ème DPJ,qui regroupait à l’époque les 12ème, 11ème et 20ème arrondissements.
Cela posait également quelques problèmes « déontologiques ». Des réalisateurs comme Olivier Marchal en parlent à longueur de films. L’époque était à la lutte contre l’héroïne, présente en masse, avec tous les problèmes sanitaires que cela impliquait, de la multiplication des overdoses à la propagation du sida…Nous avions donc quasiment "carte blanche". Parfois à nos risques et périls...
N’en reste pas moins que cette politique, même risquée et dont on pourrait affiner les limites, a fini par payer.
J’ai ensuite organisé des « coups d’achats » en Savoie, avec la PJ locale, puis me suis occupé d’un groupe stup à Quimper.
Dans cette ville moyenne, treize ans plus tard, je suis toujours détenteur du record de saisie du service. Je ne dis pas cela pour me faire mousser, mais pour montrer comment en matière de statistiques de lutte contre les trafics de stupéfiants l’administration fonctionne.
Démonstration (je rappelle que nous sommes en 1995, rien n'a changé dans les faits depuis me semble t-il) :
Ce groupe stup, qui pourtant fonctionnait à plein régime a été dissout en moins de trois semaines. Les raisons invoquées par mon Chef de Service : les enquêtes mobilisaient trop de personnel et trop longtemps (une enquête de trafic, par enchaîment des GAV peut durer une semaine et ce nuit et jour...) et « Paris » s’inquiétait du fait que dans les indicateurs de performance Quimper était devenu en un mois une « zone rouge » du fait de l’importance des réseaux identifiés ».
Donc : arrêt du travail sur les trafiquants et maintien de l’activité de routine qui maintient les courbes dans la bonne direction…
Faire du chiffre en la matière est effet simple, et ne nécessite pas de travailler sur les réseaux.
Un trafic, c’est comme une grande pyramide constituée d’un amoncellement de petits triangles. Tout en haut, le fournisseur. La ligne de base se sont les consommateurs. Entre les deux des réseaux intermédiaires.
Travailler en priorité sur les deux derniers échelons de la base permet d’assurer « du chiffre », de justifier d’une activité en nombre au niveau national, de réaliser des affaires de « trafics mineurs », mais par contre, n’empêche en rien l’écoulement des produits, sauf l’activité forcenée des « groupes spécialisés » ou l’émergence d’affaires d’importance de manière presque involontaire puisqu’il est fréquent aujourd’hui de trouver des quantités notables de drogue, même dans des opérations de routine tant la situation est devenue préoccupante…
Alors, la transparence, outre la nécessité d’une réelle étude sur l’activité nationale, c’est aussi sans doute de demander leur avis aux « flics » qui sont sur le terrain dans les unités de base et qui connaissent, eux, la problématique particulière de leurs secteurs.
Les flics de base ont sans doute autant de choses utiles à apporter au débat que la majorité des "spécialistes" invités à longueur de médias.
Le Figaro nous révèle également que dans les jours qui viennent, « Des mouvements importants à la tête de la police et de la gendarmerie seraient également envisagés. ».
C’est peut être l’occasion d’engager une autre dynamique que celle des chiffres, une politique novatrice celle-là, et qui prendra enfin en considération les acteurs de terrain, les actions qualitatives et l'efficacité réelle.
En matière de riposte en légitime défense, le choix des armes est aussi primoridal que la réponse donnée.
Sources : (cliquez pour lire)
13:29 Publié dans Police | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : police, gendarmerie, stupéfiants, délinquance, cambriolage, statistiques
18.08.2009
Les statistiques policières ou le principe de la pompe à vélo.
Je sais, ce titre semble délirant. C’est pourtant exactement ce que m’inspire la gestion des chiffres policiers en matière de faits élucidés.
J’explique. Prenez un adepte des salles de sport bodybuildé façon Philippe Lucas vu par les Guignols. Donnez lui une pompe à vélo et demandez lui de comprimer l’air le plus longtemps possible. Quelle que soit sa force, il finira par relâcher la pression et le niveau remontera…
L’article du jour du Figaro.fr, titré avec humour noir sans doute : « Après des années d’embellie, l’efficacité de la police marque le pas », est l’illustration flagrante de ce principe. Pourtant, on ne peut suspecter ce journal d’être politiquement très critique envers le gouvernement.
On apprend plein de choses à sa lecture qui je l’avoue m’a quelque peu surpris. Pas dans les faits énoncés, j’en parle dans les mêmes termes depuis maintenant des années, mais dans les aveux en filigrane sur les méthodes employées pour fournir de « bons » indicateurs à tout prix.
Les chiffres d’affaires élucidés subissent donc un ralentissement notable depuis trois mois. Je cite : « - 5 % en mai, - 5,5 % en juin et un timide + 0,81 % en juillet. ». et ce après 80 mois d’embellie, terme exact employé dans l’article.
Soit.
Voilà une des explications qui est avancée sous forme d’interrogation :
««Se peut-il que des esprits habiles aient délibérément levé le pied sur les affaires d'initiative pour masquer la hausse générale de la délinquance ?» interroge un expert en statistiques du ministère de l'Intérieur."
Un expert anonyme bien sûr. Là j’ai quand même un sursaut. Quoi ? Il y aurait donc des « traîtres » au Ministère de l’Intérieur ? Qui agiraient pour montrer que les pseudo-affaires dites d’initiative masqueraient en fait une hausse de la délinquance ?
Honnêtement, je n’y crois pas une seconde. Quelques trublions existent peut-être, mais maîtrisent ils assez de volumes de chiffres pour que cela représente une tendance sensible au niveau national ? Assurément non.
Voilà une déclaration d’expert (fantôme) qui me laisse songeur. Pour que cette thèse soit valide il faudrait soit un mouvement général des gardiens de la paix désobéissants à leurs instructions, soit une rébellion notable de chefs de service. Ces derniers étant intéressés financièrement et en terme de promotion à leurs résultats, cette hypothèse est pour le moins hasardeuse. La première aussi d’ailleurs. Au pire, peut-être, une inertie de la base mais encore faudrait-il réussir à la prouver…
La conspiration des tours de "passe-passe" et la faute, comme toujours, aux banlieues...
Ces tours de « passe-passe »pour trahir les chiffres seraient toutefois marginaux, d’après un Directeur Départemental« chevronné » de la Sécurité Publique. (Rien n’est dit au passage, sur les tours de « passe-passe » utilisés quotidiennement pour améliorer les chiffres…)
Je note également que ce DDSP, lui aussi témoigne de manière anonyme…Sans commentaire.
L’explication serait, toujours d’après ce commissaire de police la suivante : «En déshabillant certains services pour créer la police de quartier axée sur la lutte contre les violences urbaines, les policiers, déjà touchés par une baisse globale d'effectifs, se sont trouvés moins nombreux pour effectuer les classiques missions de contrôle des papiers et de fouille des poches»
Ceci expliquerait donc la baisse des affaires élucidées par la police.
Il y a dans cette petite phrase non assumée, puisque non signée, pas mal de choses à décrypter.
D’une part l’aveu en creux qu’il n’y a pas assez de policiers pour assurer toutes les missions sur l’ensemble du territoire, à l’heure ou la politique est à la poursuite de la baisse des effectifs…Nous en avons parlé hier.
D’autre part, cela serait les zones urbaines qui absorberaient avec les UTEQ trop de fonctionnaires au détriment des autres services qui donc ne pourraient plus faire leur travail correctement.
Abandonner une fois de plus les banlieues ? Dans quel but ?
Bon.
En gros les banlieues, appelons les choses par leur nom, auraient donc un impact sur le travail des policiers sur l’ensemble du territoire national. C’est quand même drôlement commode d’avoir toujours l’explication d’une cité qui traîne dans sa manche comme joker. J’imagine bien le Préfet de Corrèze expliquer que les chiffres de son département sont mauvais à cause de Clichy-sous-bois, par exemple, il aurait sans doute un franc succès…
De manière sous-jacente, il faudrait donc peut-être supprimer les services de proximité dans les zones urbaines ? C’est déjà ce qui était proposé hier, dans le même journal au sujet des effectifs de police :
Au nom d'Alliance, Jean-Claude Delage avance une idée visiblement partagée à l'UMP : «Dès 2010, il faudra geler la réduction des effectifs de la police.» Il va même plus loin : «Qu'on stoppe l'expérience des Uteq, le temps de l'évaluer», dit-il
Le message passe. En terme de communication on sait bien qu’il faut répéter, encore et encore, avec obstination, un principe pour qu’il soit considéré comme juste.
Abandonner une fois encore les banlieues ne montrerait qu’un manque de suivi dans la politique du gouvernement. Qu’il faille réformer le mode de travail des UTEQ est peut-être une réalité. Les dissoudre pour reverser les effectifs on ne sait où me semble pour le moins hasardeux. J’imagine assez bien les réactions des policiers affectés dans ces zones difficiles à l’annonce de l’arrêt de ce renfort… « On » voudrait laisser pourrir encore plus ces quartiers que l’on ne s’y prendrait pas autrement. Après tout, dans l’esprit de certains, une bonne émeute est toujours l’occasion de caricaturer les choses, donc de communiquer à l’emporte-pièce. C’est aussi occulter qu’à ces occasion des policiers et des gendarmes sont blessés. Je n’ose penser que « l’on » raisonne déjà en terme de sacrifices éventuels à offrir aux médias…
Le taux d'élucidation c'est privilégier "la fouille des poches" sur l'investigation.
Enfin, et pour finir, il y a dans cette phrase l’aveu le plus parlant sur les nouvelles méthodes d’évaluation de la performance policière en terme d’élucidation de faits.
Avant la réforme des corps et des carrières, un corps constitué d’inspecteurs, d’enquêteurs et de gardiens de la paix en civil travaillait sur l’élucidation des affaires. C'est-à-dire qu’il traitait les procédures contre inconnu(s) pour identifier les auteurs d’infraction. Un travail difficile, ingrat et coûteux en heures/fonctionnaires. En bref, pas rentable au vu des normes technocratiques mise en oeuvre, non depuis 2002, contrairement à certaines affirmations politiques, mais progressivement depuis les années 90. Tout au plus depuis 2002 est-ce devenu une norme, une vraie méthode.
Pour augmenter le nombre d’affaires élucidées, par effet mathématique, est privilégié aujourd’hui la course aux infractions simples. Simples détentions de stupéfiants, infractions à la législation sur les étrangers pour ne prendre que ces exemples. En donnant la priorité sur ces activités de contrôles sur les enquêtes, il est facile de résoudre automatiquement et sans perte de temps un grand nombre de faits. Parfois même (en matière de stup par exemple) plus de 100 %. La police n’est pas devenue plus efficace pour résoudre les plaintes contre X, elle les noie sous les résultats forcément bons des «classiques missions de contrôle des papiers et de fouille des poches».
CQFD du principe mathématique qui jusque là faisait ses preuves. Tellement qu'il est devenu en quelques années un "classique".
C’est juste oublier une mécanique que connaît en quelques mois le premier gardien de la paix venu qui travaille sur le terrain. A négliger les enquêtes judiciaires pour donner priorité aux contrôles sans grandes incidences pénales, la délinquance d’habitude s’installe dans une relative impunité. La machine tourne à vide, les contrôles, logiquement, donnent moins de résultats par simple érosion et les infractions contre inconnu(s) augmentent…
La tendance s’inverse alors, la force nécessaire à la compression ne suffit plus, la pompe à vélo se relâche…
Sources : (cliquez pour lire)
12:12 Publié dans Police | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : police, délinquance, statistiques, élucidation, hortefeux, ministère de l'intérieur
17.08.2009
La force publique: une espèce menacée ?
Aujourd’hui, le Figaro.fr évoque la drastique réduction des effectifs dans la Police Nationale.
Au-delà des discussions, les chiffres évoqués dans cet article parlent d’eux-mêmes. En 2007 Matignon envisageait 5000 suppressions de poste, dans les faits, en 2009, 3000 seraient déjà programmés. Les objectifs seraient de supprimer d’ici 2012 pas moins de 8 000 postes, soit environ 10% du nombre total de gardiens de la paix.
Dans le même temps, pour « nourrir » les compagnies de sécurisation en banlieue, les UTEQ et le Grand Paris, il faudrait créer environ 6000 nouveaux postes…
Un absurdité qui semble évidente et avec laquelle le nouveau Ministre de l’Intérieur doit se débattre.
De plus, la récente polémique sur le rétropédalage actif auquel a dû se livrer Monsieur Hortefeux en désavouant publiquement son administration centrale au sujet de l’annulation de la scolarité en septembre des « cadets de la République » cache en fait une réalité bien plus amère pour une partie des jeunes français qui avaient choisi de faire carrière dans la police nationale, le plus souvent par pure vocation.
Plus de 3000 lauréats de concours de police attendent leur intégration, certains depuis deux ans...
C’est ainsi, d’après les syndicats, 2 400 lauréats du concours de gardien de la paix qui seraient actuellement « sur la touche » et environ 700 adjoints de sécurité (ADS), eux aussi reçus aux examens qui seraient en attente d’intégration en école de police. Soit plus de trois mille jeunes qui ont fait confiance à l’Etat en choisissant de faire une carrière dans un service public exigeant et dont certains survivent aujourd’hui du RMI simplement en attendant une scolarité promise.
Voilà donc ainsi un paradoxe qui n’échappe à personne. La sécurité publique nécessite un renouvellement d’effectif, dont le potentiel est déjà pré recruté, mais que le Ministère de l’Intérieur n’a visiblement plus les moyens financiers d’intégrer.
Une situation budgétaire qui serait peut-être plus grave que ce que l’on peut en savoir. D’après ‘la lettreA.fr » en date du 31 juillet dernier, il manquait au ministère de l’Intérieur 83 millions d’€uros au mois de juillet pour assurer la paye du traitement de ses fonctionnaires.
Une information qui n’a pas été reprise dans la presse. Pour autant, cette situation budgétaire était la cause officiellement mise en avant pour suspendre l’intégration des cadets de la République. Et Monsieur Hortefeux, lors de son désaveu de cette mesure, dans le figaro du 13 août, n’a pas eu un mot sur la réalité du budget de son ministère, ce qui était sans doute l’interrogation principale qu’aurait dû lui poser les journalistes à cette occasion.
Au-delà de la question légitime sur la santé financière de la sécurité intérieure plusieurs problématiques en découlent.
Comment, à l’heure des économies drastiques commandées par la Révision générale des politiques publiques (RGPP) continuer à assurer la charge financière du personnel dans ce ministère ?
C’est tout de même près de 80 % de l’enveloppe totale si l’on en juge les chiffres du Projet Annuel de Performance 2008, demandant 13 461 807 926 € pour les dépenses de personnels pour un budget total de fonctionnement de 15 911 068 530 €uros…
Dans les services, l’heure est depuis longtemps aux économies de tous poils, les acteurs au quotidien de la sécurité publique s’en rendent compte jusqu’à l’absurdité au jour le jour.
La question de l’éventualité d’une privatisation, à terme, d’une partie des tâches dévolues de manière régalienne à l’Etat est également sur toutes les lèvres de ceux qui suivent cette évolution de près.
D’autant que Monsieur Wauquiez, secrétaire d’Etat à l’emploi prévoyait, dans le Figaro du 16/12/08 le recrutement d’ici 2015 de 100 000 nouveaux agents de sécurité privés. Un chiffre qui porterait l’effectif total de cette profession à 260 000 agents, soit une population supérieure à celle actuelle des agents actifs de l’Etat, Police et Gendarmerie confondues !
Une prévision qui ne correspond pas au dynamisme de ce secteur, sauf peut-être à envisager un glissement de tâches de l’Etat vers le secteur privé…
Monsieur le Président de la République lui-même, dans la préface du livre blanc « La participation de la sécurité privée à la sécurité générale en Europe », mi décembre 2008, évoquait « un esprit de coproduction ».
Quelles missions de sécurité publique risquent-elles d'être privatisées ?
La récurrence des problèmes de budget du Ministère de l’Intérieur, la réduction qui semble inéluctable des effectifs de la sécurité publique mais aussi de la Gendarmerie Nationale, la fermeture de 8 centres de formation de la police nationale depuis début 2009, l’évident besoin en effectifs et en recrutement de la sécurité intérieure, liés avec la volonté gouvernementale d’économie et de coproduction avec la sécurité privée pose de nombreuses questions qui touchent aux principes fondamentaux de la protection des citoyens en France.
Quelles sont les tâches qui risquent d’être privatisées ? Comment et avec quels acteurs ? Et surtout, avec quelles garanties et quel encadrement de l’Etat ?
Les acteurs de terrain, chaque jour, sont confrontés à l’esprit d’économie des chefs de service qui sont également jugés sur la rigueur de leur gestion. Une rigueur qui est un des indicateurs des primes parfois très importantes qu’ils perçoivent en fin d’année, en plus des chiffres de lutte contre la délinquance qui doivent être forcément bons.
Même si l’un ne compenserait pas l’autre, reste t’il décent de verser de telles primes à des fonctionnaires qui finalement ne font qu’exécuter les instructions de l’Etat, c'est-à-dire honorer leur service, alors qu’une génération entière de jeunes flics, la vocation vrillée au corps, attend dans la précarité que les places en école qui leur sont dues soient simplement ouvertes ?
Un cadre de la Direction Générale de la Police Nationale me confiait l’an passé : « Avec la RGPP nous avons ouvert la boîte à gifles. ».
Voilà sans doute un nouveau dossier de violences policières, auto administrées celles là, duquel Monsieur Hortefeux va devoir se sortir dans les mois et les années qui viennent.
Reste à savoir comment….
Marc Louboutin.
Sources :(cliquez pour lire)
10:49 Publié dans Police | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : police, sécurité publique, ministère de l'intérieur, hortefeux
16.08.2009
Paroles, Paroles, Paroles....
Un billet de réflexion qui sonne juste, sur le blog de Philippe Bilger, "Justice au singulier". au sujet des annonces médiatiques sucessives en
matière de sécurité publique, suite particulièrement aux affaires de Bagnolet et de Royan.
Philippe Bilger, pour ceux qui ne conaissent pas, est Avocat Général près la cour d'appel de Paris.
Je vous invite à lire son article, que j'ai trouvé assez pertinent :
La parole de l'Etat, un Etat de la parole ? (cliquez pour lire)
11:59 Publié dans Police | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : justice, police, bilger










